L’eau, enjeu vital, se présente sous des formes contradictoires : parfois abondante, parfois rare, elle nécessite des efforts considérables pour sa préservation.
Jean-René Gouron, agriculteur à Dangé-Saint-Romain (Vienne) : « L’importance de l’eau ne fait aucun doute. Elle est indispensable non seulement pour notre santé et notre hygiène, mais aussi pour nos cultures et élevages, qui constituent la base de notre alimentation. Sans oublier son rôle dans la production d'énergie et les activités industrielles.
« Pour moi, l’eau se divise en deux catégories : les eaux bénéfiques, qui nourrissent et soutiennent la vie, et les eaux nuisibles, qui causent des inondations, dégradent les terres et compromettent les récoltes. Il est justifié de considérer l’eau comme un bien commun, mais il est crucial de définir de quelles eaux nous parlons. Quand il s’agit des eaux bienfaisantes, tout le monde est d'accord sur leur importance, mais les inconvénients de l’eau peuvent être rapidement oubliés.
« Gérer l’eau pour notre souveraineté alimentaire est une nécessité »
« Lors des catastrophes liées à des pluies excessives, nous constatons l'ambiguïté de la propriété de l’eau. Qui est responsable lorsque ces eaux provoquent des dégâts dans les habitations ? Il me semble que la distinction est moins évidente pour les eaux destructrices alors que leur composition chimique reste identique à celle des eaux bénéfiques.
« Bien que l'agriculture bénéficie des eaux bienfaisantes, elle subit également de lourdes pertes à cause des eaux malfaisantes. Les terres agricoles, souvent vastes, sont vulnérables aux caprices de la météo, et chaque année, elles participent à la recharge des nappes phréatiques. Est-il judicieux de reprocher aux agriculteurs de prélever une part de cette ressource, particulièrement lorsqu'ils jouent un rôle crucial dans son renouvellement ?
« Je trouve légitime de réclamer une régulation de notre accès aux eaux favorables, pour atténuer les effets néfastes de leurs équivalentes nuisibles. Pourquoi continuer à utiliser des termes péjoratifs comme 'bassines', qui proviennent d'une opposition mal informée ?
« En définitive, il faut cesser de prétendre que nous consommons l’eau. Nous l’empruntons, et tout être vivant ou machine rend sa part sous différentes formes, réintégrant ainsi cette ressource dans le cycle naturel. L’eau sur Terre reste constante. Les agriculteurs sont conscients que la nature est souvent extrême et qu’ils doivent gérer les surplus et les déficits pour garantir la productivité. Il est donc raisonnable de stocker et utiliser l’eau bienfaisante pour contrer les effets des aléas climatiques, assurant ainsi notre souveraineté alimentaire. »
Beauté et biodiversité
Jean-Pierre Pestié, d'Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire) : « La majesté de la Loire, vue du sol, n’a d’égal que les panoramas à bord d’une montgolfière. Mais beauté et qualité ne sont plus synonymes. La montée de la température de l'eau entraine une contamination chimique préoccupante.
« Cette contamination nuit à la reproduction des espèces, menace les populations halieutiques, et fait chuter la présence des espèces migratoires comme le saumon. Un état d'urgence est en cours : d'après les observateurs, le taux de salmonidés a atteint des niveaux alarmants. En 2024, seuls 38 individus ont assuré la relève reproduisant dans l'Allier, situation que notre environnement ne peut supporter plus longtemps.
« Le Conservatoire national du saumon fait face à des défis monumentaux pour la préservation de l'écosystème. Les scientifiques doivent rapidement partager leurs découvertes et solutions face à cette crise invisible. »
Rôle des élus locaux
Jean-Claude Berton, d’Availles-en-Châtellerault (Vienne) : « Les élus jouent un rôle vital dans la transition alimentaire de nos régions, touchant à la santé publique, à la qualité de l'eau et à la prospérité des zones rurales. Ils détiennent des leviers significatifs pour soutenir les initiatives locales.
« En matière de politique de commande publique, ils peuvent accroître l'accès aux produits biologiques et locaux dans les cantines scolaires et établissements publics, promouvoir les circuits courts, et contribuer à la construction de filières territoriales, tout en soutenant les écosystèmes locaux.
« Leur responsabilité inclut également la préservation des ressources en eau et des terres, en encourageant l'agriculture biologique près des zones d'approvisionnement en eau. Investir pour protéger l’eau, c'est réduire les coûts de dépollution et les dépenses de santé à long terme.
« Enfin, il leur incombe de favoriser l'éducation à la nutrition par des programmes adaptés, pour sensibiliser les futures générations sur les enjeux alimentaires et de santé. »







