La voix des forces spéciales : entretien avec le général Jean Laurentin

Découvrez les perspectives du général Laurentin sur les défis actuels de la défense.
La voix des forces spéciales : entretien avec le général Jean Laurentin
Le général Jean Laurentin va quitter le Commandement des actions spéciales Terre. © Crédit photo : Thierry David / SO
Le général Jean Laurentin quittera cet été le Commandement des actions spéciales Terre basé à Pau. Ces deux dernières années, les commandos de la région ont été déployés à quatorze reprises. Entretien

Le Commandement des actions spéciales Terre a été créé en 2024 à Pau. Quelle est sa mission ?

Nous sommes chargés de la préparation opérationnelle, ce qui inclut la sélection, la formation et l'équipement des forces spéciales. Cela concerne notamment le 1er RPIMa à Bayonne, le 13e RDP à Souge et le 4e RHHFS à Pau. En 2024, nous avons également intégré des capacités dans les domaines de l'influence et du cyber. Les forces spéciales dépendent de deux entités principales : le Commandement des opérations spéciales et la Direction du renseignement militaire.

Pourquoi avoir choisi Pau comme emplacement ?

Pau était un choix stratégique, étant proche des forces spéciales présentes dans la région et abritant l'École des troupes aéroportées. Cela nous permet d'utiliser l'aéroport pour effectuer des opérations rapides avec nos avions militaires. Grâce à cette logistique, nous pouvons déployer nos équipes et leur matériel en moins de six heures.

"Nous devons être prêts à partir en mission en six heures"

Qu'est-ce que cela signifie d'être en alerte six heures ?

Nous devons être capables de partir dès que le chef d’état-major des armées, par demande du président, nous ordonne d'agir. Cela implique une coordination constante avec les régiments pour garantir notre disponibilité opérationnelle. En permanence, un module est en alerte, comprenant personnel et équipements des unités mentionnées.

Les forces spéciales n'ouvrent que peu leurs opérations au public. Quelle est la nature de votre activité actuelle ?

Nous avons effectué quatorze déploiements au cours des deux dernières années. En vertu de nos accords avec le Liban, nous envoyons un module complet en cas de tension. Nous avons également mené des opérations d'évacuation, comme en Haïti récemment. En Afrique de l’Ouest, nous continuons de contribuer à des missions d’assistance et de formation.

"Il est essentiel d'agir discrètement, tout en préservant la légitimité de nos actions"

Quant à l'opération Barkhane au Sahel, quel est son héritage dans le cadre des missions actuelles ?

Elle a clairement façonné notre savoir-faire, mais aujourd’hui, notre rôle est moins centré sur l'anti-terrorisme, bien que cette expertise demeure cruciale. Nous continuons à nous adapter et à développer des stratégies pertinentes.

Avec les conflits actuels, notamment en Ukraine et en Iran, quelle est la place des forces spéciales ?

Nous évoluons vers ce que l'on désigne comme l'engagement en zone grise militarisée, ce qui nécessite un travail informé et rapide avec nos partenaires. Cela nous rapproche des opérations clandestines, tout en maintenant une séparation claire des services de renseignement. Le président doit pouvoir assumer nos actions si celles-ci sont révélées.

Les forces spéciales ont-elles un rôle dans les conflits de haute intensité ?

Oui, elles ont un rôle crucial. Nous retournons à des méthodes plus anciennes d'opérations derrière les lignes ennemies pour affaiblir leurs infrastructures. Les forces spéciales occidentales tirent leur essence de la Seconde Guerre mondiale, agissant dans la profondeur et influençant les résultats fondamentaux des conflits.

Quelles leçons tirez-vous de la guerre en Ukraine concernant ces méthodes ?

La perte initiale de nombreuses forces spéciales ukrainiennes a conduit à une reconstitution et une réorganisation à un niveau stratégique, illustré par l'opération "Spider Web". Cette capacité à frapper des cibles stratégiques profondes dans le territoire adverse, comme les relais logistiques et les centres de production, démontre la nécessité d'une action ciblée et efficace de nos forces spéciales.

Du Kosovo au Yémen

Le parcours du général Laurentin est jalonné de nombreuses missions : Guyane, Kosovo, Côte d’Ivoire, Sahel, Centrafrique, Yémen... Il a notamment dirigé le 1er RPIMa de Bayonne de 2012 à 2014. Entre 2019 et 2021, il a été responsable des relations avec le Parlement pour le chef d'état-major des armées. Il quittera Pau fin juillet.

Lire aussi

Une coalition européenne pour protéger l'Ukraine des menaces balistiques
Dix pays européens, dont la France, forment une coalition pour protéger l'Ukraine contre les missiles balistiques russes. Découvrez les détails de cette initiative inédite.
00h43
L'union européenne intensifie son soutien à l'ukraine face à la menace russe
Découvrez comment les pays européens unissent leurs forces pour soutenir l'Ukraine face à la Russie, avec un accent sur l'aide militaire et les nouvelles initiatives de défense.
13 juil.
Ukraine : un accord majeur pour l'acquisition de Rafale et de nouvelles batteries antiaériennes
Découvrez l'accord historique entre la France et l'Ukraine pour l'achat de 16 Rafale et de systèmes antiaériens, renforçant la défense ukrainienne.
13 juil.
La voix des forces spéciales : entretien avec le général Jean Laurentin
Entretien exclusif avec le général Jean Laurentin sur le rôle des forces spéciales dans la guerre moderne. Découvrez leurs missions et défis.
13 juil.
Les jeunes kényans pris au piège de la violence politique
Découvrez comment la politique au Kenya exploite la jeunesse pauvre comme outils de violence à l'approche des élections de 2027.
13 juil.
Un 14-Juillet sous le signe de la défense européenne : Macron en première ligne
Revivez le 14-Juillet 2023, une parade militaire inédite marquée par l'engagement de l'Europe au soutien de l'Ukraine.
13 juil.