Bamiyan, Afghanistan – Rahima Alavi, une jeune femme de 22 ans, transforme des feuilles et des fleurs en fil de soie à sa machine à coudre. Après avoir traversé des mois de désespoir, elle a retrouvé son indépendance et sa fierté grâce à la broderie.
Sa boutique, inaugurée début 2026 à Bamiyan, porte un nom évocateur : "Les fleurs du printemps, couture et broderie". À l'intérieur, une machine à coudre à pédale fait face à un petit présentoir, et un chauffage garde le fer à repasser prêt à l'emploi. Bien que l'espace soit modeste, pour Rahima, il représente une victoire immense contre la pauvreté et les discriminations.
« Grâce à ce que je gagne, je peux subvenir aux besoins de mes parents et de mes trois sœurs. Je suis très fière », déclare-t-elle, exhibant quelques fragments de fil coloré accrochés à son manteau bordeaux.
Née dans une région rurale négligée, Rahima a grandi en aidant ses parents aux champs tout en poursuivant ses études. En 2021, sa famille émigre en Iran, où les femmes et les hommes peuvent travailler. Ils récoltent des choux près d'Ispahan, mais les bas salaires les poussent à envisager leur retour en Afghanistan.
En 2024, la famille revient avec peu de ressources, encore plus de 600 000 afghans ayant fait le même chemin. Rahima se remémore cette période difficile : « Mon père et moi, nous ne trouvions pas de travail. C'était désespérant. » Selon un rapport de l'Organisation internationale des migrations (OIM), seulement 1 % des femmes revenant de l'Iran et du Pakistan ont retrouvé un emploi à temps plein, et 2 % possèdent un commerce.
Des défis immenses à surmonter
Dans un Afghanistan sous le régime taliban, où les femmes sont souvent écartées des études supérieures et de nombreux emplois, Rahima trouve du soutien auprès du Haut-Commissariat pour les Réfugiés (HCR). « Quand j'ai vu mon nom sur la liste des 26 retenues pour la formation à la broderie, j'ai retrouvé espoir », se souvient-elle.
Sa professeure, Rayhana Darabi, décrit Rahima comme une élève déterminée, toujours prête à apprendre. Le HCR lui fournit une machine à coudre et les matériaux nécessaires pour son activité. Avec l'aide de son amie, elle parvient à ouvrir sa propre boutique et à offrir des styles variés allant des robes aux nappes décoratives.
Rayhana déplore la baisse d’aide internationale et appelle à préserver les programmes de soutien aux femmes. Le HCR, en 2025, a formé près de 2 392 personnes, en grande majorité des femmes, mais leur travail est entravé par l'instabilité. « Les femmes affrontent trop de défis en Afghanistan », souligne-t-elle.
Pour 2026, le HCR a besoin de 182 millions d'euros pour venir en aide aux déplacés et rapatriés, mais n'a récolté que 8 % de ce montant à ce jour. Rahima invite toutes les Afghanes à saisir toutes les opportunités de formation et d'emploi : « Ne restez pas à la maison ». Dans sa boutique, elle continue de broder des papillons mauves, symbole d'un nouveau départ, et de créer des pièces uniques avec passion.
© 2026 AFP







