Des bus vides sillonnent les routes, des classes désertées dans les écoles, et des administrations au silence... Mercredi, le Sri Lanka a marqué sa première journée avec une semaine de travail réduite, décision prise en réponse à la guerre au Moyen-Orient.
Prarthana Perera, fonctionnaire au ministère du Logement, exprime son appréciation face à ce congé obligatoire, savourant davantage ce jour de repos payé comme un jour férié. "Ce changement est un cadeau inattendu en milieu de semaine", déclare-t-elle avec le sourire.
Cette mesure de travail de quatre jours s’inscrit dans un ensemble de décisions du gouvernement sri-lankais, déjà éprouvé par des difficultés d’approvisionnement en énergie suite aux tensions géopolitiques, notamment l'escalade entre les États-Unis et l'Iran.
L'île, qui dépend entièrement des importations pour ses besoins en pétrole et en charbon, subit de plein fouet les conséquences d'une crise énergétique exacerbée. Pour tenter de gérer la consommation des 22 millions d'habitants et de préserver les réserves en énergie, le gouvernement a déjà augmenté les prix des carburants à deux reprises et a rationné leur distribution.
Face à un conflit qui perturbe la circulation des navires dans le détroit d'Ormuz, les mesures prennent de l'ampleur : l'éclairage public est désormais éteint chaque soir, et l'utilisation des climatiseurs est limitée. De plus, plus d'un million de fonctionnaires ainsi que 4,5 millions d'élèves ont été renvoyés chez eux.
L’objectif ambitieux ? Réduire de plus d’un quart la consommation d'énergie, particulièrement dans les transports et les administrations. Cependant, le chemin s’annonce semé d'embûches pour des citoyens comme Varuna Perera, cadre dans le secteur logistique. "Cette mesure peut offrir une pause temporaire, mais sans stratégie durable, cela ne fonctionnera pas sur le long terme", est-elle convaincue.
L’avocat Ravindranath Dabare reste plus préoccupé : "Couper le fonctionnement des hôpitaux n'est pas envisageable. Les médecins et le personnel de santé ne peuvent se permettre d'être chez eux".
Malgré les inquiétudes, des acteurs clés comme la Chambre de commerce exhortent les entreprises privées à explorer le télétravail pour leurs employés. Un porte-parole, sous couvert d'anonymat, a affirmé : "Nous encourageons nos membres à adopter des ajustements judicieuses pour maintenir la continuité de leurs activités".
Par ailleurs, la société technologique WSO2 impose à ses employés deux jours de télétravail obligatoires par semaine, en réponse à l’appel national. "C'est notre manière de contribuer à ces efforts", explique Zaithoon Bin-Ahamed, porte-parole.
Pour Kusal Perera, commentateur politique, cette crise pourrait être un tournant pour améliorer la productivité dans la fonction publique : "Il est temps de se pencher sur l'inefficacité des services publics", a-t-il souligné.
Mardi, Nalinda Jayatissa, porte-parole du gouvernement, a choisi de ne pas commenter l’efficacité de ces nouvelles mesures, tout en confirmant que le pays dispose actuellement de réserves de diesel jusqu'à mi-mai et d'essence pour une semaine supplémentaire. Par prudence, des efforts sont déjà en cours pour se procurer davantage de brut de la Russie et d'Iran.







