Au tribunal de Paris, une grève du zèle a eu lieu, illustrant le désarroi des avocats face au projet de loi du garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Ce texte, dont l'objectif est de désengorger les juridictions, impose la création d'une procédure de 'plaider-coupable' pour les crimes, inspirée des comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) instituées en 2004 pour les délits.
Cette innovation législative suscite une vive controverse parmi les avocats, qui craignent qu'elle n'instaure une 'justice à deux vitesses' et n'augmente le risque de 'faux aveux'. Selon Sophie Sarre, représentante du Conseil de l'ordre, une meilleure prise en charge des victimes et une réduction des délais d'enquête seraient les véritables solutions à la lenteur judiciaire. 'Ce qui écourterait le calvaire judiciaire des victimes', estime-t-elle, 'ce serait d'améliorer l'accueil dans les commissariats'.
Lors d'une audience devant la 23e chambre, elle a dénoncé un projet qui nuirait à l'intérêt général, tant pour les victimes que pour les prévenus, alors que deux prévenus liés à un trafic de crack l'écoutaient, visiblement perplexes.
Le barreau de Paris et la conférence des bâtonniers, représentant 45 000 avocats non parisiens, ont organisé une journée nationale d'action le 13 avril pour manifester leur désaccord. D'après Christophe Bayle, président de la conférence des bâtonniers, 130 des 163 barreaux en régions soutiennent le mouvement.
À Paris, une approche de 'défense massive' a été adoptée, provoquant l'étonnement du président de la 23e chambre, qui s'attendait généralement à ce qu'un seul avocat défende les prévenus dans ces affaires délicates. Hector Bernardini, un prévenu, a partagé son malaise face à une justice jugée expéditive. 'On décide de la mort sociale d'une personne en quelques minutes', a-t-il déploré.
Les avocats, arborant des badges 'Avocats en grève', ne se contentent pas de défendre leurs clients. Seydi Ba a qualifié le projet de loi de 'scélératesse', soulignant l'ambition malveillante de ses initiateurs. En plaidant pour un client souffrant de toxicomanie, il a exprimé son inquiétude quant à l'état des prisons françaises, soulignant la surpopulation et le manque de respect des droits de l'Homme.
La conférence nationale des premiers présidents de cour d'appel a également exprimé son inquiétude, arguant que les actions des avocats pourraient alourdir le système judiciaire. 'Les magistrats ne rendront plus de jugements, mais des décisions administratives', a prévenu Me Sarre, mettant en garde les juges sur l'importance cruciale d'une représentation légale adéquate.







