Chers lecteurs de Causeur,
Je m’adresse à vous en tant que membre des 64 464 parisiens ayant choisi Sophia Chikirou lors des dernières élections municipales.
Ce n’est pas pour provoquer que j'écris ces lignes, mais pour partager mon engagement et peut-être changer certaines perceptions. Je tiens à rester anonyme, en tant que professeure d’histoire-géographie dans un lycée parisien, pour ne pas influencer mes élèves par mes opinions politiques. Toutefois, ma volonté de m’exprimer vient d'une nécessité impérieuse de défendre la notion que voter LFI ne s’apparente pas à l'antisémitisme.
Il est compréhensible que l’on puisse douter de ma sincérité. Jean-Luc Mélenchon a récemment suscité une vive polémique avec des commentaires malheureux qui, même après excuses, restent inacceptables. Pourtant, ma conviction d’un engagement pour LFI persiste.
Avez-vous remarqué la façon dont certains médias ont rapidement pivoté lorsqu’ils ont découvert que Quentin Deranque avait des idées néonazies? Ils ont préféré faire silence plutôt que de mettre en lumière la vérité. Pour ma part, je préfère faire preuve de franchise : je reconnais les erreurs au sein de mon propre camp, sans pour autant renier mes choix.
À l’annonce de la mort de Jean-Marie Le Pen, contrairement aux tragiques souvenirs évoqués, certains journalistes l’ont considéré comme un « lanceur d’alerte » sur d’autres sujets. La dualité des perceptions est frappante, même en observant le parcours de Mélenchon. À mon sens, il sera reconnu comme un visionnaire luttant contre les dérives d’un monde en crise.
Je crains davantage les figures comme Donald Trump et Benjamin Netanyahou, responsables de souffrances bien plus profondes que de simples déclarations controversées. Israël, bien qu’important, ne doit pas être au centre de toutes les considérations. L’influence des États-Unis, leur militarisation et leur culture aliénante prévalent à mes yeux.
Et pourtant, je ne peux ignorer la dureté des conflits causés par des régimes autoritaires, qui affectent de manière inégalitaire des lieux comme Gaza. En tant que démocrate, j’attends que ceux qui se réclament de cette condition portent un grand sens des responsabilités.
À propos de la France, il convient de réaliser que ma transition vers LFI n’a pas été instantanée. J’ai voté Jospin et Hollande par le passé, avant de me détourner de ces options, déçue par leurs compromissions envers le capital et leur vision paternaliste vis-à-vis des minorités. Les valeurs bourgeoises dissimulées derrière un masque de vertu m'ont souvent choquée.
Mélenchon, dans son approche directe et parfois rude, semble sortir des sentiers battus. Sa relation avec les électeurs est empreinte de sincérité, ce que d’aucuns interprètent mal. J’y vois plutôt une reconnaissance de notre regard commun sur la société.
Enfin, mon choix de voter pour Chikirou aux municipales n'est pas un acte futile. La transformation de Paris, négligée à l’égard d’une classe moyenne en voie de disparition, est un combat qui mérite d’être mené. Je ne veux pas perpétuer cette métamorphose luxueuse et excluante qu’elle subit. Ma voix ira vers un avenir inclusif que je souhaite voir se dessiner.
Cette lettre n’est pas un simple acte de provocation, mais un appel à la réflexion sur nos choix politiques et les vérités nuancées qui les accompagnent.







