Retrouvé mort en 1979 dans un étang, le ministre Robert Boulin est au centre d'un dossier qui mêle rivalités politiques, suppositions de manipulations clandestines et anomalies judiciaires. Quarante-sept ans après, de nouveaux témoignages mettent en lumière les zones d'ombre qui continuent d'entourer cette affaire emblématique de la Ve République. Le pôle cold cases du parquet de Nanterre s'apprête à analyser ce dossier sensible.
Le 30 octobre 1979, Robert Boulin est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet. Ministre du Travail dans le gouvernement de Raymond Barre, il n'avait que 59 ans et avait encore de nombreuses ambitions politiques. L'enquête initiale conclut rapidement à un suicide par noyade, après ingestion de barbituriques. Cette conclusion immédiate, jugée hâtive par certains, est contestée depuis des décennies.
Un homme d'État au parcours remarquable
D'un parcours d'ancien résistant à proche de Georges Pompidou, Boulin appartient à cette élite gaulliste qui a marqué la politique française d'après-guerre. Dans les années 1970, il devient impliqué dans des affaires foncières à Ramatuelle, terrain à l'origine de soupçons qui émergeront plus tard.
Sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, la droite française connaît de profonds bouleversements. Boulin, fidèle au camp giscardien, voit monter ses ambitions au sein du gouvernement, s'imposant comme une figure centrale, capable de rivaliser avec Jacques Chirac.
Alors que le climat politique devient de plus en plus tendu, l'affaire de Ramatuelle refait surface dans les médias, exposant Boulin à de potentiels risques politiques et personnels. En cette période délicate, il exprime dans plusieurs lettres des craintes pour sa sécurité, avertissant même de possibles menaces.
Au cours de la nuit du 29 au 30 octobre, Boulin disparaît mystérieusement. Son corps est découvert dans des conditions troublantes, laissant place à de nombreuses interrogations qui ne se dissiperont jamais.
Un parcours judiciaire sinueux
Dès 1983, la famille Boulin, avec l'aide de son avocat Me Jacques Vergès, dépose une plainte contre X, déclenchant une série de rebondissements judiciaires. Bien que plusieurs enquêtes aient été menées, aucune réponse définitive ne sera donnée aux questions demeurées sans réponses. L'affaire reçoit un élan nouveau en 2015 avec l'ouverture d'une enquête pour enlèvement et assassinat, alimentée par de nouveaux témoignages. Cependant, le parquet ne parvient pas à établir des éléments concrets permettant d'incriminer quelqu'un.
Une révélation récente pourrait pourtant changer la donne : un ancien complice de la criminalité, Elio Darmon, a témoigné sur les circonstances entourant la mort de Boulin, évoquant des hommes politiques impliqués et des tentatives de dissimulation. Selon lui, la mort de Boulin aurait été un accident d'une opération violente destinée à empêcher la divulgation de documents compromettants.
Des témoins clés sur le point de disparaître
Avec la mort de Darmon, les craintes persistent quant à la disparition de toute possibilité d'éclaircir cette affaire. Fabienne Boulin-Burgeat, la fille de Robert Boulin, exprime sa colère face au manque d'initiative de la justice pour entendre d'autres témoins encore en vie, soulignant l'urgence d'agir avant qu'il ne soit trop tard.
Quarante-sept années après la mort de Robert Boulin, l'affaire demeure non résolue, nourrissant des débats et des suspicions. Le transfert du dossier au pôle cold cases représente un dernier espoir pour faire éclater la vérité sur cette énigme politique. Peut-être qu'avec le renouvellement des investigations, des réponses pourront enfin être apportées sur cette affaire devenue emblématique des luttes de pouvoir en France.







