En quête de protection face à un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), le sénateur Ronald “Bato” Dela Rosa a trouvé asile au Sénat philippin, le 11 mai dernier. Son objectif : éviter d'être extradé vers La Haye, où la CPI l'attend pour un procès en lien avec ses actions dans la guerre contre la drogue sous la présidence de Rodrigo Duterte.
Ancien chef de police des Philippines, Dela Rosa, âgé de 81 ans, est accusé d'avoir joué un rôle clé dans des actions qualifiées de crimes contre l'humanité, notamment lors de la guerre anti-drogue qui a fait plus de 6 200 victimes, selon des chiffres officiels. Toutefois, des organisations de défense des droits humains estiment que ce bilan pourrait atteindre jusqu'à 30 000 décès. Comme l'indique Courrier International, la CPI considère Dela Rosa comme 'coauteur' de crimes, y compris des exécutions sommaires, dans le cadre d'un plan visant à "neutraliser" les individus présumés liés à la drogue.
Une échappatoire au Sénat
La situation a pris un tournant dramatique alors que Dela Rosa a fait son apparition au Sénat, juste avant que le mandat d'arrêt ne soit annoncé officiellement. Selon Nikkei Asia, Dela Rosa a longtemps élaboré une stratégie pour éviter d'être appréhendé, en s'alliant avec des figures politiques influentes, notamment Alan Peter Cayetano. Ce dernier, devenu président du Sénat, a déclaré qu'il assurerait la protection de Dela Rosa contre toute arrestation à l'intérieur de l'institution.
Le sénateur a d'ailleurs réussi à échapper à une intervention policière au Sénat, le tout filmé par les caméras de surveillance, comme l’a rapporté le Philippine Daily Inquirer.
Conséquences politiques
La situation est exacerbée par un contexte politique tendu, alors que la Chambre basse a récemment voté pour destituer la vice-présidente Sara Duterte, révélant les fractures au sein de l’actuelle administration. Une analyse de The Guardian note que ce chaos dans la politique philippine pourrait servir la cause de Dela Rosa, tout en protégeant les intérêts de Sara Duterte, qui pourrait voir sa carrière politique menacée par ces événements.
Des proches des victimes de la guerre contre la drogue, comme Llore Pasco qui a perdu deux fils, réclament justice. Dans une déclaration au Philippine Daily Inquirer, elle a affirmé : “Tout comme Duterte, Bato mérite d’être emprisonné. Il a été un acteur clé de cette guerre sanglante.”
L'association Rise up, qui regroupe des familles de victimes, a appelé le Sénat à respecter ses engagements internationaux et à autoriser l'extradition de Dela Rosa vers la CPI. Dela Rosa a, quant à lui, tenté de plaider sa cause auprès du président, déclarant : rapporté par Phil Star, “J’espère que le président ne m’enverra pas à La Haye. N’importe quelle cour ici me conviendrait.”







