L'intelligence artificielle a-t-elle le potentiel de révolutionner la prochaine présidentielle ? Cette question devient de plus en plus pertinente, car l'utilisation des outils d'IA s'infiltre dans tous les aspects du paysage politique : candidats, partis et électeurs. Selon les révélations d'une récente étude de Terra Nova, de nombreux candidats aux dernières élections municipales ont eu recours à l'IA pour concevoir des affiches ou des sites web, parfois avec des résultats désastreux.
Une autre étude menée par la Fondation Jean-Jaurès et l'Agora des collaborateurs a mis en lumière l'usage croissant de l'IA au Parlement, où l'un des assistants parlementaires sur deux utilise déjà des outils d'IA régulièrement.
Du côté des citoyens, la curiosité se mêle à des préoccupations. Un sondage d'Odoxa-Backbone publié le 8 mai révèle que, bien que les Français soient largement inquiets des manipulations potentielles liées aux IA génératives et éprouvent des difficultés à différencier le vrai du faux, 25 % d'entre eux envisagent d'utiliser ChatGPT ou d'autres systèmes d'assistance pendant la campagne présidentielle à venir.
Selon la note du think tank Terra Nova, l'usage de l'IA est tout mais anodin. Intitulée "IA et politique : vers un outil d’aide, voire d’influence sur la décision ?", cette note souligne l'impact susmentionné de l'IA sur la formation de l'opinion publique.
Un usage significatif de l'IA par les électeurs
L'étude, dirigée par Jean-Daniel Lévy, avec la collaboration de Toluna Harris Interactive, ayant interrogé plus de 4 000 électeurs, révèle que 11 % des Français ont eu recours à une IA générative telle que ChatGPT pour s'informer durant les élections municipales de 2026.
Bien que ce chiffre demeure relativement bas, avec une prédominance des échanges personnels, tracts et réseaux sociaux, un résultat intriguant émerge : 16 % des électeurs ont déclaré avoir utilisé l'IA pour les aider dans leur choix électoral.
« Ces 16 % peuvent être divisés en trois catégories : l'IA comme outil de confirmation (7 %), comme influence (5 %), et comme aide à la décision (4 %) », précise l'étude.
Ce phénomène est fortement lié aux caractéristiques générationnelles. Les résultats indiquent que les hommes utilisent l'IA plus que les femmes (20 % contre 10 %), et que les jeunes (35 % des moins de 25 ans) surpassent largement leurs aînés (1 % des plus de 65 ans). Étonnamment, quel que soit le genre ou l'âge, entre 40 et 50 % des utilisateurs se disent confortés dans leur choix, alors que 20 à 30 % affirment que l'IA les a aidés dans leur décision.
En outre, l'usage de l'IA semble également transcender les clivages politiques traditionnels, touchant des électeurs provenant de divers courants politiques, y compris ceux de La France insoumise et des centristes. Cette technologie séduit même les catégories sociales populaires ou modestes, remettant en question l'idée qu'elle ne soit réservée qu'aux classes supérieures.
L'IA comme nouvel intermédiaire politique
La note de Terra Nova va au-delà d'une simple analyse sociologique. Elle démontre l'émergence d'un nouvel intermédiaire cognitif entre l'électeur et la décision politique. Alors que le paysage démocratique reposait jusqu'à présent sur des médiateurs humains connus, l'IA marque une rupture subtile mais significative. Elle ne donne pas seulement des informations brutes, mais elle hiérarchise, synthétise et reformule, influençant ainsi la manière dont les électeurs pensent.
L'étude révèle également que ceux ayant recours à l'IA ne votent pas nécessairement selon les mêmes critères que les autres électeurs. Les non-utilisateurs restent centrés sur des enjeux locaux, tandis que les utilisateurs de l'IA se préoccupent davantage des questions nationales, idéologiques et des enjeux numériques, leur perspective devenant nettement moins locale.
À la lumière de ces résultats, la présidentielle de 2027 se profile déjà avec des enjeux clairement définis. Bien que l'influence de l'IA soit encore limitée, elle pourrait potentiellement modifier la dynamique électorale dans un avenir proche. Les interrogations se portent ainsi moins sur l'utilisation de l'IA que sur la composition même de ses modèles, les biais qu'ils peuvent engendrer et les intérêts sous-jacents qui en contrôlent les infrastructures. Derrière la façade des assistants conversationnels se cache peut-être un nouvel acteur influent dans le jeu démocratique.







