Un monument à Paris pour honorer les victimes du génocide rwandais

Un geste mémoriel fort pour reconnaître les violences du passé en pleine capitale.
Un monument à Paris pour honorer les victimes du génocide rwandais
©Ludovic MARIN, AFP - Le président français Emmanuel Macron s'exprime à l'issue d'une réunion à l'Elysée, à Paris, le 1er juin 2026

À la suite de la reconnaissance des "responsabilités" de la France dans le génocide de 1994 à l'encontre des Tutsi du Rwanda, un nouveau pas mémoriel a été franchi par le président Emmanuel Macron avec l'inauguration d'un monument à Paris, en présence de son homologue rwandais, Paul Kagame.

Ce monument, constitué de deux blocs de laiton noir situés dans le cœur vibrant de la capitale, porte une inscription poignante en mémoire des centaines de milliers de victimes qui ont perdu la vie entre avril et juillet 1994 : "Ici, comme une archive, reposent les voix et les mots, les souvenirs et les expériences, les sentiments et les espoirs des victimes et des survivants".

Conçu par l'artiste portugaise Grada Kilomba, ce mémorial se veut un lieu de recueillement et un espace propice à la transmission intergénérationnelle de la mémoire du génocide, comme le souligne l'Elysée.

Plus de 800.000 personnes, principalement des membres de la minorité tutsi, ont été exterminées dans une série de massacres orchestrés par des extrémistes hutu, déclenchés après l'attentat ayant coûté la vie au président Juvénal Habyarimana.

La responsabilité de la France, qui avait des liens étroits avec le régime hutu à l'époque, a été un sujet de discorde pendant de nombreuses années. Cette tension a même conduit à un gel des relations diplomatiques avec Kigali entre 2006 et 2009. Paul Kagame, ancien chef de la rébellion tutsi qui a mis fin au génocide, a, à plusieurs reprises, accusé Paris de complicité.

En 2021, Emmanuel Macron a reconnu les "responsabilités accablantes" de la France dans ce drame, s'appuyant sur le rapport d'une commission d'historiens qu'il avait initiée. Cependant, il a évité de s'excuser, tout en exprimant l'espoir d'obtenir le pardon des survivants.

Cette démarche a permis de renforcer les liens avec le Rwanda, selon Vincent Duclert, président de la commission d'historiens. Il mentionne qu'un "nouveau chapitre aussi significatif qu'il y a cinq ans" s'écrit avec ce mémorial.

"Cette cérémonie à Paris marque l'entrée définitive du génocide des Tutsi dans l'espace public français", souligne-t-il, mettant en avant la signification symbolique de l'emplacement choisi, à proximité des institutions gouvernementales responsables, qui ont échoué durant ce tragique épisode.

Marcel Kabanda, président d'Ibuka France, principale organisation dédiée à la mémoire et à la justice pour les rescapés, exprime son soulagement : "Nous attendons cela depuis plus de 30 ans. C'est de l'oxygène, car la société civile a longtemps porté seule ce combat".

Le monument, intitulé "Archive", vise à rester un symbole visible et pérenne dans l'espace public, contrant ainsi l'idée d'un rapport mis de côté dans une bibliothèque, ajoute Kabanda.

Lors de la cérémonie, les deux présidents, ainsi que le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, et une rescapée, Jeanne Uwimbabazi, prendront la parole. Le musicien franco-rwandais Gaël Faye lira un poème d'une auteure survivante, Beata Umubyeyi Mairesse.

Les présidents Macron et Kagame continueront ensuite avec un dîner officiel au palais de l'Élysée.

D'autres initiatives demeurent en cours en France pour réparer les blessures issues du génocide, tant sur le plan judiciaire qu'éducatif, avec des enseignements intégrant ce chapitre douloureux dans les programmes des lycéens. La justice a récemment demandé la poursuite des enquêtes concernant l’implication de l’ancienne Première dame, Agathe Habyarimana, dans les événements tragiques.

"Les procès des présumés génocidaires résidant en France se multiplient, soutenus par des moyens d'investigation accrus depuis 2021. C'est essentiel", assure M. Duclert. "C'est un chantier qui a débuté avec Emmanuel Macron et qui doit se poursuivre".

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