La politique étrangère de la France, jadis caractérisée par un équilibre entre les institutions, semble aujourd'hui sombrer dans une centralisation inquiétante au sein de l'Élysée. Dans une tribune récente, le diplomate Xavier Driencourt s'interroge sur cette évolution qui fragilise la position française sur la scène mondiale.
Traditionnellement, le chef de l'État français a exercé des prérogatives importantes en matière de relations internationales, mais la dynamique actuelle montre une tendance vers un monopole élyséen sur la diplomatie. Driencourt souligne que la notion de «domaine réservé», bien que présente dans le discours politique, n'implique pas une exclusion totale des autres acteurs gouvernementaux. Ce concept, initialement introduit par Jacques Chaban-Delmas en 1959, a pris une tournure alarmante au fil des décennies.
Rappelons que même si le président de la République a le pouvoir de nommer des ambassadeurs et de diriger les forces armées, la Constitution stipule que la politique de la Nation est déterminée par le gouvernement (article 20). Pourtant, de nombreux premiers ministres, tels que Georges Pompidou et Alain Juppé, ont su influencer la politique étrangère, ce qui semble aujourd'hui compromis.
La situation est d'autant plus préoccupante que le gouvernement se voit souvent contourné, comme l'illustre la récente décision d'affirmer le soutien de la France aux vues marocaines sur le Sahara occidental, sans consulter le Parlement. Cette décision, entachée d'une interprétation discutable des « affaires courantes », montre que la frontière entre le domaine réservé et le domaine partagé est de plus en plus floue.
Dans un contexte où le corps diplomatique, jadis respecté et compétent, subit une réforme radicale, les conséquences de cette centralisation deviennent évidentes. Comme le note le quotidien Le Monde, la suppression du corps diplomatique en 2022 a impliqué une perte de spécialistes prisés, ce qui ne peut que nuire à l'efficacité de la diplomatie française.
À l'échelle européenne, le Premier ministre dispense des instructions aux ministères, mais les orientations stratégiques sont souvent décidées en haut lieu, renforçant ainsi l'hyper-centralisation et l'interventionnisme de conseillers proches du président. Des ministres des Affaires étrangères, jugés moins expérimentés, deviennent alors de simples relais de la pensée présidentielle, contribuant à une diplomatie dénuée de substance.
Les revirements de la France au Moyen-Orient, ses difficultés en Afrique et les échecs diplomatiques successifs illustrent un cadre où la concertation se heurte à l'autoritarisme. Comme l'affirme l'expert en relations internationales Frédéric Encel, cette tendance à l'autoritarisme peut considérablement dégrader l'image de la France dans le monde.
En résumé, la concentration des pouvoirs à l'Élysée soulève des préoccupations sur l'avenir de la politique étrangère française. Alors que la France pourrait aspirer à renforcer son influence globale, cette tendance à l'hyper-centralisation risque de la rendre vulnérable sur la scène internationale, créant des effets en chaîne sur ses relations avec d'autres nations.







