Près de deux ans après des émeutes marquantes en Nouvelle-Calédonie, l'enquête visant les leaders indépendantistes kanak, récemment transférés en métropole, arrive à son terme. Les avocats de la défense soulignent aujourd'hui une "instrumentalisation" politique de cette affaire, selon des informations d'AFP.
Les trois juges d'instruction parisiens en charge de cette affaire sensibles ont avisé les avocats de Christian Tein, président du Front de libération kanak (FLNKS) et responsable de la cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), que l'information judiciaire prend fin. Cette décision concerne également treize autres personnes mises en examen ainsi que cinq témoins assistés.
Les parties ont désormais la possibilité de faire leurs observations avant que le parquet ne formule ses réquisitions. Ce processus déterminera si les mis en cause seront renvoyés devant un tribunal.
L'enquête, ouverte en 2024 suite à l'une des crises les plus graves traversées par la Nouvelle-Calédonie, a poussé Emmanuel Macron à déclarer l'état d'urgence. Les émeutes avaient causé 14 décès et des dégâts dépassant les 2 milliards d'euros, rapportent plusieurs médias locaux.
En juin dernier, une série d'interpellations a ciblé la CCAT, décrite comme une "structure organisée" suspectée d'avoir élaboré un plan ayant pour objectifs de "défaire les unités économiques, les institutions et les services de l’État" sur l'archipel.
La justice accuse cette organisation d'avoir mis en place une logistique sophistiquée pour recruter des émeutiers, cibler des objectifs et collecter des moyens matériels, allant jusqu'à des armes à feu et des dispositifs de communication avancés.
Christian Tein, 58 ans, est pointé du doigt pour avoir orchestré des vols et destructions de commerces. Bien qu'il soit mis en examen pour des charges lourdes, il bénéficie d'une qualification plus délicate pour certaines accusations, comme celle de témoin assisté en matière de tentatives de meurtres.
L’avocat de Tein, Me Florian Medico, a exprimé son espoir dans un communiqué à l’AFP, affirmant que cette affaire met en lumière l'innocence de son client, qui mène un combat pacifique. La justice devra alors reconnaître cela, dit-il.
L'affaire suscite d'ores et déjà de vives réactions, notamment de douze avocats qui, en février, ont écrit aux juges pour dénoncer le traitement réservé à leurs clients, d'après des sources concordantes.
Me François Saint-Pierre, l'un des avocats, a déclaré à l’AFP que l'État a failli à sa mission d'impartialité pendant la crise calédonienne, en tentant d’instrumentaliser le processus judiciaire.
Les avocats soutiennent que les leaders kanak ont agi légitimement dans une lutte pour les droits civils, dans un contexte de décolonisation toujours en cours. Ils critiquent également des propos discriminatoires de la part des anti-indépendantistes, tout en appelant à la responsabilité du gouvernement français pour son rôle lors des émeutes.
En ce qui concerne le traitement judiciaire des sept militants indépendants transférés en métropole, les avocats qualifient cela de "forfaiture" et de "crime d’État", évoquant des conditions de transport de ces indépendantistes qu'ils jugent inhumaines.
Ils relèvent aussi des propos tenus lors d'une réunion, visible dans un documentaire de France Télévisions, où un ancien ministre de l'Intérieur exprimait le souhait d'exemplarité dans les arrests, signalant un climat tendu autour de cette enquête.
À Paris, où l'enquête a été délocalisée, le parquet n’a pas souhaité faire de commentaires, selon l’AFP.







