En France, de plus en plus de salariés et de retraités choisissent de multiplier leurs activités à travers le phénomène du "jobbing". Ce terme, qui désigne la pratique de cumuler plusieurs emplois, révèle des réalités variées, tant pour ceux qui travaillent que pour ceux qui sont à la retraite. Cette tendance n'est pas seulement le reflet d'une évolution progressive des formes de travail, mais également d'une adaptation aux contraintes économiques actuelles.
7,8 % de l’emploi total
À la fin de 2022, selon l'Insee, 2,4 millions de personnes, représentant 7,8 % de l'emploi total, exercent une pluriactivité en France. Parmi eux, près des deux tiers occupent plusieurs postes en tant que salariés, représentant 6,1 % des employés à temps plein. Bien que ce chiffre ne soit pas en forte croissance, il révèle une tendance durable au sein du paysage professionnel français.
La pluriactivité se concentre principalement dans le secteur des services, où plus de 90 % des cas se rencontrent. Les travailleurs, en particulier dans des domaines comme l'action sociale et l'enseignement, cumulent souvent des emplois à temps partiel, ce qui les pousse à multiplier leurs employeurs pour stabiliser leur revenu.

Les femmes représentent 61,1 % des professionnels pluriactifs, une statistic qui soulève des questions concernant les inégalités persistantes dans l'accès à des postes à plein temps. Ce phénomène peut également être attribué à une volonté de diversification des revenus, à la recherche d'autonomie ou à l'impératif de faire face à l'instabilité croissante du marché.
Critiques syndicales sur une précarisation
Les organisations syndicales avancent un point de vue critique sur cette tendance, interprétant la pluriactivité comme une réponse à une fragmentation croissante du travail. Elles dénoncent une prolifération de "petits jobs" qui, selon elles, morcellent les parcours professionnels et fragilisent les liens entre collègues. Ces critiques soulignent que la pluriactivité pourrait être vue non pas comme une solution durable, mais comme un signe d'un marché du travail en difficulté.
Cependant, des analyses plus nuancées reconnaissent que le jobbing peut aussi refléter des choix individuels, offrant une certaine largeur aux stratégies de carrière.
Retraités : cumul volontaire plutôt que contraint
Du côté des retraités, le phénomène s'explique par des logiques différentes. En 2023, environ 606 000 retraités cumulent emploi et pension, représentant 4,2 % des retraités âgés de 55 ans et plus. Bien que cette tendance soit en hausse, le nombre reste modeste. La majeure partie des emplois exercés dans ce cadre se fait à temps partiel, avec des revenus annuels moyens d'environ 9 000 euros.
Contrairement à une interprétation purement économique, les données suggèrent que ces retraités disposent souvent de pensions plus élevées que la moyenne, rendant leur retour à l'emploi plus un choix qu'une nécessité. Le phénomène demeure marginal, surtout chez les retraités de plus de 70 ans.
Cependant, les conditions pour cumuler une retraite avec un emploi sont complexes, dépendant de nombreux facteurs. La Cour des comptes a souligné l'existence d'un manque de clarté et de difficultés de contrôle dans ce système. Comparativement à d'autres pays européens, la France adopte une approche plus restrictive envers le cumul emploi-retraite.
En somme, le jobbing représente deux réalités distinctes mais illustre les mutations en cours du marché du travail ainsi qu'une redéfinition du rapport à l'activité.







