Pour quiconque s'intéresse aux enjeux de la diplomatie climatique, il est évident qu'il a fallu un long chemin de trois décennies pour entendre enfin les mots tant redoutés : "sortir des énergies fossiles". Depuis le Sommet de la Terre à Rio en 1992 jusqu'à la COP28 prévue pour 2023, des luttes acharnées ont été menées pour que l'on reconnaisse que se détourner du pétrole, du gaz et du charbon est devenu une nécessité vitale.

L'ultime objectif de dresser une feuille de route pour abandonner les énergies fossiles a été saboté par les États consommateurs de ces ressources lors des négociations de la COP30 en 2025. L'accord qui en a résulté a été décrié comme une "victoire pour les industries pétrolières, gazières et charbonnières", comme le rapportait The Washington Post, laissant de nombreux pays désireux d'explorer des alternatives sur le carreau.

C'est pourquoi, alors que les regards se tournent vers la côte caribéenne de la Colombie, la ville de Santa Marta va accueillir du 24 au 29 avril la première Conférence sur la transition énergétique et l’abandon des énergies fossiles. Cet événement pourrait marquer un tournant sans précédent.

Le contexte géopolitique actuel souligne l'urgence de se défaire de la dépendance aux énergies fossiles, rappelant à tous la nécessité d'un changement. Un grand nombre des 54 États présents sont déjà déçus par les résultats de la COP30, convaincus de l'importance de cette transition. L'identité des pays organisateurs, la Colombie et les Pays-Bas, est également significative. "Une alliance chargée de symboles", observe El País, soulignant que la Colombie est le cinquième exportateur mondial de charbon et que Shell, compagnie anglo-néerlandaise, est l'un des leaders pétroliers.

Malgré des intérêts souvent divergents, tous les participants semblent prêts à envisager "des solutions pour alléger la dépendance économique à l'égard des énergies fossiles, remodeler l'offre et la demande, ainsi que renforcer la coopération internationale en faveur d'une transition énergétique durable", comme l'a rapporté Climate Home News.

Le groupe de réflexion britannique Carbon Tracker, qui participera aux sessions préparatoires de cette réunion les 28 et 29 avril, a qualifié ce processus d'"initiative de Santa Marta", visant à faire avancer la transition tout en tenant compte des réalités économiques.

Pour suivre les évolutions de cette conférence, il faudra s'appuyer non seulement sur les médias internationaux classiques, mais également sur des plateformes spécialisées. Parmi celles-ci, le site américain Drilled, dirigé par la journaliste d’investigation Amy Westervelt, a pour objectif de répondre à une question cruciale : après des années de négociations entachées de mauvaise foi et d'influence des entreprises sur le processus onusien, cette réunion restreinte pourra-t-elle vraiment symboliser un changement, ou ne fera-t-elle que reproduire les erreurs du passé ?