Dans les archives, l'abolition des bagnes français, dont la tristement célèbre prison de Cayenne en Guyane, a été officialisée en 1938 grâce à l'engagement du député Gaston Monnerville. Les derniers forçats ont été rapatriés en 1953. En mai 1949, plusieurs d'entre eux faisaient leur retour à Bordeaux après un périple d'un mois et demi. Cet article retrace cet événement marquant.
Le 5 mai 1949, le navire « L'île-de-Noirmoutier », appartenant à la Compagnie générale transatlantique, a accosté à Bordeaux, transportant cent cinquante-huit anciens bagnards. Les policiers étaient présents pour assurer une surveillance discrète au quai des Chartrons, où des personnalités comme M. Spotti et le colonel Pehan s'étaient rassemblées pour accueillir ces hommes marqués par la souffrance.
À son arrivée, le navire a été accueilli par les flammes des projecteurs tandis que les visages des ex-prisonniers, cachés derrière des foulards, émergeaient des ombres. Ces hommes, vêtus de blousons kakis et enveloppés de couvertures, ont partagé leurs expériences avec quelques journalistes sur place. Charles Genous, 66 ans, et Pierre Baranger, 36 ans, parmi d'autres, ont raconté leur dur voyage. Ils ont évoqué les souffrances infligées par le climat tropical, la mer, et pour certains, la détention prolongée. "Barateau est devenu fou" a révélé l'un d'eux, exprimant ainsi le lourd fardeau que portaient encore ces hommes.
Certains d'entre eux choisissaient de garder le silence sur le passé, ne voulant pas décrire les horreurs des bagnes dont ils souhaitaient tourner la page. Un journaliste parisien a tenté de recueillir leurs impressions, mais a été menacé par un groupe d'anciens bagnards, soulignant la tension palpable autour de ces souvenirs.
Le jour suivant, après que les formalités de rapatriement aient été effectuées, une quarantaine d'ex-prisonniers se dirigeaient vers Paris, prêts à reconstruire leur vie. Ce retour a donc non seulement marqué la fin d'une souffrance mais aussi le début d'un nouveau chapitre pour ces hommes, dont les histoires méritent d'être entendues.
Pour donner une perspective historique à ce récit, des spécialistes comme l'historien Pierre Allard ont noté l'importance de ces témoignages pour la mémoire collective de la France. Les bagnes, symboles d'oppression, nécessitent toujours des débats et des réflexions sur la justice.







