Des policiers à l'entrée, et une quarantaine d'adhérents laissés dehors. À la SPA de Bayonne, l'assemblée générale du 20 mai a révélé une crise qui couvait depuis plusieurs mois. Derrière cette réunion sous haute tension, c'est toute la gouvernance du refuge qui est aujourd'hui remise en question.
La situation à la SPA de Bayonne est tendue. Plusieurs adhérents ont accepté de témoigner, mais anonymement. Ils mettent en cause la gestion de Joëlle Turcat, ancienne présidente de l’association de protection animale. Ce conflit s’est intensifié en amont de l’assemblée générale, censée élire le nouveau président du refuge.
Le 20 mai dernier, à la Maison pour tous d'Anglet, de nombreux membres de la SPA de Bayonne se sont présentés à l’assemblée générale annuelle. Armés de leurs convocations, ils espèrent participer à ce rendez-vous crucial pour l’avenir du refuge. À leur grande surprise, l'accès leur est refusé par des policiers municipaux. Une quarantaine de personnes sont alors laissées à l'extérieur tandis qu’à l’intérieur, la réunion se poursuit. Certains adhérents déplorent une assemblée générale organisée à leur insu, facilitant ainsi la nomination de Christophe Deray au poste de président. Un bénévole engagé au refuge a déclaré : "On ne peut pas empêcher des adhérents d'assister à une assemblée générale".
Les bénévoles dénoncent un malaise plus profond
Pour plusieurs bénévoles, la crise va bien au-delà des événements du 20 mai. Ils dénoncent des dysfonctionnements récurrents dans l'organisation du refuge. "Ce que j'ai constaté, c'est un épuisement du personnel et un chaos constant", témoigne un bénévole sous couvert d’anonymat. "Les salariés se plaignaient de ne pas être entendus, ils se retrouvaient souvent seuls face à la situation".
Selon cet adhérent, le changement de présidence n’a pas résolu les problèmes en cours. "Actuellement, les salariés ignorent à qui s'adresser, comme s'il n’y avait plus de direction", a-t-il ajouté. Pour ces bénévoles, cette assemblée a seulement exacerbé un mécontentement qui s’étend depuis longtemps. "Nous, on vient pour les animaux. Les conflits internes ont des conséquences néfastes sur leur bien-être", souligne un autre membre.
Le départ de Joëlle Turcat et la nomination contestée du nouveau président
Pour comprendre l'origine de ce conflit, il convient de revenir quelques semaines en arrière. Le 1er avril, Joëlle Turcat décide de démissionner de son poste de présidente de la SPA de Bayonne. Elle évoque des raisons liées à ses nouvelles responsabilités à la tête de la fourrière intercommunale : "Je ne pouvais plus être présidente du refuge en raison d'un conflit d'intérêts", a-t-elle affirmé.
Son départ entraîne une vague de démissions au sein du conseil d'administration, laissant l'association dans une situation précaire. "Nous nous sommes retrouvés sans président, trésorier ou secrétaire. L’avocat a stipulé qu’il était impératif de reconstituer un bureau pour poursuivre nos activités", explique-t-elle. C'est dans ce climat de désorganisation que Christophe Deray est nommé à la présidence. Cette cooptation a suscité des critiques de la part d'anciens administrateurs et bénévoles, qui se sont sentis exclus du processus.
Une fracture qui inquiète pour l'avenir du refuge
La question de l'exclusion de certains adhérents de l'assemblée générale reste floue pour beaucoup. Joëlle Turcat défend sa décision en invoquant des considérations juridiques. "Les registres d'adhésion n'étaient pas fiables pour déterminer qui pouvait entrer. Il était crucial de se conformer aux statuts pour éviter la mise sous tutelle de l'association", affirme-t-elle.
Concernant la présence policière, elle insiste sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'une volonté de bloquer les bénévoles. "J'ai simplement prévenu qu’il risquait d’y avoir des débordements", assure-t-elle. Malheureusement, l'atmosphère est devenue électrique, avec des cris et des coups contre les vitres. Les policiers ont donc jugé nécessaire de rester sur place.
Alors que la SPA de Bayonne peine à se relever d’une crise financière majeure survenue en fin d'année dernière — frôlant la fermeture —, plusieurs bénévoles craignent que les tensions internes n’aggravent la situation. "Plusieurs bénévoles m'ont confié qu'ils ne renouvelleraient pas leur engagement si la situation ne s'améliore pas", rapporte un des membres. Joëlle Turcat, pour sa part, ressent ces critiques comme une profonde injustice après plus de deux décennies de dévouement. "J'ai donné 24 ans de ma vie à cette structure. Tout le travail accompli pour améliorer le refuge et ses conditions d’accueil semble oublié", conclut-elle.







