Entre 1962 et 1984, pas moins de 2015 jeunes, souvent pris de force, ont été déplacés de La Réunion vers 83 départements de l'Hexagone, principalement ruraux. Cette initiative, motivée par un désir de repeupler des zones désertées comme la Creuse, a marqué des vies et laissé des séquelles incommensurables.
«Une nouvelle étape dans la reconnexion avec notre histoire»: tel fut l'écho des débats au Parlement ce mardi, lors de l'adoption unanime d'une loi de réparation en faveur des mineurs réunionnais, victimes d'une politique étatique dévastatrice. Environ 2000 enfants, déracinés de leur terre natale, ont vu leur trajectoire de vie profondément altérée.
Le vote, approuvé par les deux chambres du Parlement, découle d'un intérêt croissant pour ces histoires oubliées. Selon des rapports de Le Monde, beaucoup de ces enfants ont vécu des injustices inimaginables, mêlant humiliations et traumatismes, souvent à travers des placements en familles d'accueil sous l'Aide sociale à l'enfance.
«Des milliers de parcours bouleversés par l'exil et la séparation des familles», a souligné la ministre des Outre-Mer, Naïma Moutchou, en définissant ce texte comme un acte de «justice et de dignité» face aux parties sombres de l'histoire de France.
Audrey Bélim, élue à La Réunion, a également souligné le sort des familles laissées derrière, «des parents attendant désespérément le retour de leurs enfants, vivant l'angoisse et la honte», ajoutant une dimension humaine aux récits de ces enfants arrachés à leur foyer.
Parmi les voix marquantes, Marie-Germaine Périgogne, présidente de la Fédération des enfants déracinés des DROM, raconte son expérience traumatisante après son placement en famille d'accueil. Adoptée sous le nom de Valérie, elle redécouvre son identité à 16 ans, mettant en lumière les identités volées par cette politique.
Emmanuel Macron, en 2017, avait déjà qualifié cette politique comme «une faute», ayant aggravé la souffrance des «mineurs de La Réunion». Aujourd'hui, les parlementaires soulignent que certains de ces enfants ignorent encore leurs véritables origines.
Cette loi, portée par la députée karine Lebon du groupe GDR, met en place des initiatives telles qu'une commission pour la mémoire, une journée nationale d'hommage chaque 18 février, et l'ouverture d'un droit à réparation, financé par un fonds étatique. Viviane Malet, sénatrice de la Réunion, a salué cette avancée, qualifiant le texte de «pierre mémorielle dans un long chemin de reconstruction».
Ce texte s'inspire des lois précédentes relatives aux rapatriés d'Afrique du Nord et aux harkis, garantissant ainsi une continuité des principes de reconnaissance et de réparation. Les victimes, ou leurs descendants, peuvent désormais bénéficier d'une allocation forfaitaire sur demande.







