Et si l'on pouvait capturer l'essence des histoires d'un village dans un calendrier éternel ? C'est l'idée qui a germé dans le Doubs, portée par une belle initiative des anciens des villages d'Autrechêne, Fontenelle, Novillard et Petit-Croix. Cet almanach, imaginé par le réseau d'aide à domicile Amaelles, se présente comme un lien tangible avec le passé de ces quatre communes, destiné aux générations futures.
Souvenirs d'enfance
Parmi les contributeurs, Jean-Pierre Gressot, ancien maire de Novillard, s'est engagé pleinement. À 80 ans, dont 70 passés dans son village, il estime que sa participation à ce projet était un devoir. "Je suis Histoire, je suis mémoire, je suis patrimoine, donc j'ai adhéré. Des souvenirs partagés avec d'autres anciens de l’école, nous étions treize au total", raconte Jean-Pierre, ancien employé à l'usine Peugeot.
Ce groupe de treize témoins d'un autre temps s'est réuni pendant huit mois pour échanger des anecdotes du quotidien. Certaines histoires témoignent d'une innocence troublante, comme le récit d'une baignade où un jeune ami a remonté un obus des profondeurs de l'eau. "On l'a amené chez le maire, comme on le ferait d'un simple caillou. Nous étions naïfs, sans conscience de l'importance", se remémore-t-il.
Disparitions
Les pages de cet almanach se déplient au rythme des saisons, dévoilant la vie du village. Une photo d'une classe de 1925 avec le père de Jean-Pierre, suivie de celle de la dernière promotion de 1992. "C'est la dernière photo, la dernière classe, le dernier instituteur de Novillard", partage l'ancien maire, la voix empreinte de mélancolie. Achèvement de ce projet en décembre, l'almanach se remplit déjà de souvenirs de disparus. "Jean-Marie Meyer n'est plus parmi nous, c'est un ami que j'ai perdu", confie Jean-Pierre, d'une voix chargée d'émotion.
Martine Tatu-Verdot, l’écrivaine publique qui a pris des notes lors des réunions, partage elle aussi son chagrin face à cette perte. "Jean-Marie a également joué au théâtre, et avait choisi un rôle féminin. Ça a toujours prêté à rire, et cette anecdote sera gravée dans nos mémoires", souligne-t-elle avec un sourire amer.
La mission de cet almanach ne s'arrête pas là. Il s'agit aussi de transmettre des scènes du passé pour que les jeunes générations puissent comprendre leur histoire. "J'écris de manière à ce qu'un adolescent puisse suivre, car des termes comme bouilleurs de cru leur sont inconnus", explique Martine. Ce projet a également un impact positif sur la santé mentale des plus âgés en rétablissant des liens sociaux, comme l'a promis le groupe lors de leur dernière rencontre: une réunion pour se remémorer les bons vieux temps.







