Manon Minaca
L'essentiel
- Didier Peillon, médecin polyvalent, a été radié de l’Ordre des médecins après des révélations sur ses pratiques controversées liées à la fin de vie.
- Dans son livre, il met en lumière l'hypocrisie de la législation française concernant la fin de vie et le dilemme éthique auquel font face les soignants.
- Malgré sa radiation, il persiste à revendiquer ses convictions sur le droit à mourir en dignité, sujet actuellement en débat au Parlement.
Cette controverse surgit à un moment clé, alors qu'une proposition de loi sur l'aide à mourir a été adoptée en seconde lecture à l'Assemblée nationale. Toutefois, de nombreux médecins, tels que Didier Peillon, éprouvent le besoin d'agir pour soulager la souffrance de leurs patients, souvent sans attendre un changement légal. Dans son ouvrage Ces malades que nous aidons à mourir, publié l'année dernière, il décrit comment il a mis fin aux souffrances de patients en phase terminale.
Peillon exprime sans détour qu'il a causé, en toute conscience, la mort de certains patients, arguant qu'une prise de décision rapide était parfois nécessaire. « C'est sur mon écrit anonymisé que se base la décision de radiation. Aucune enquête n'a été menée sur mes pratiques », déplore-t-il. Son expérience soulève des questions cruciales sur le traitement des patients en fin de vie, où des décisions doivent souvent être prises dans des situations critiques.
Une pratique controversée
Parfois, ces décisions se prennent face à des cas extrêmes. Par exemple, l'histoire de ce patient désespéré souffrant d'un cancer en phase terminale, dont la douleur était insupportable. Peillon raconte : « Nous avons décidé de le soulager en toute urgence, pour éviter une agonie prolongée. » Ces interventions, bien que controversées, sont souvent perçues comme nécessaires par les professionnels de santé, qui sont faces à des situations inhumaines.
Appel à l'authenticité
Peillon insiste sur la nécessité de mettre fin à l'hypocrisie : « La loi actuelle interdit de provoquer délibérément la mort, mais permet la sédation profonde, qui entraîne pourtant un décès inévitable ». Ce décalage entre la législation et la réalité du terrain interpelle de nombreux soignants, qui appellent à une réforme. « Les décisions d'urgence, si cruciales lors de situations critiques, se retrouvent souvent sans cadre légal », déplore-t-il.
En effet, les cas où des patients en fin de vie doivent être soulagés rapidement ne peuvent pas toujours attendre des procédures étendues, comme l'exige la loi. Cette oppression législative crée des situations de vide juridique, rendant les décisions des médecins encore plus complexes.
Une radiation inattendue
Sa radiation a pris Didier Peillon par surprise, une décision qu'il juge draconienne et brutale. Bien qu'il s'attende à un débat autour de ses révélations, il remarque avec tristesse que cela n'a pas suscité un véritable échange constructif. Peillon a décidé de faire appel de cette décision tout en se préparant à une possible poursuite judiciaire pour les actes qu'il décrit, sans cependant être excessivement inquiet face à la jurisprudence passées qui a souvent protégé les médecins. Il déclare : « Je ne ressens aucun regret. Ce sujet est fondamental, et je ne compte pas abandonner la lutte pour l’amélioration des conditions de fin de vie. »







