Une hécatombe de poissons a frappé le ruisseau de Fougères le 21 mars après un déversement accidentel d’acide lactique. Les pêcheurs tirent la sonnette d’alarme, alors que seulement 6 % des cours d’eau sont en bonne santé dans le bassin-versant de la Vilaine. Les mesures de protection sont freinées par des acteurs agricoles et des décisions gouvernementales.
Au moins mille poissons sont morts, y compris des espèces rares telles que les truites sauvages et les anguilles. Jérémy Grandière, président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine, n'hésite pas à réclamer des sanctions strictes après la découverte alarmante d'une pollution sur le ruisseau Le Groslay. Selon lui, « une enquête est en cours pour déterminer la source de ce désastre, qui pourrait être lié à une entreprise ayant lavé ses bacs avec de l’acide lactique. Ce n'est pas la première fois que nous portons plainte, il est temps d'agir ».
Des efforts insuffisants face à la dégradation de l'écosystème
Qu'elles soient industrielles ou agricoles, les pollutions en Ille-et-Vilaine se multiplient. Le Groslay faisait partie des rares cours d’eau en bon état, mais la situation s’aggrave dans le bassin de la Vilaine. D’après l'agence de l’eau Loire-Bretagne, seulement 6 % des cours d’eau sont classés en bon état écologique, un chiffre en baisse par rapport à 2019. Malgré l’investissement de millions d’euros pour rectifier le tir, la destruction des milieux naturels persiste.
« Malgré les ressources investies, les plantes et milieux fragiles continuent d'être détruits sans que des réglementations adéquates ou des contrôles soient instaurés », constate Pauline Pennober, chargée de mission pour l’association Eau et Rivières de Bretagne.
Pour contrer cette situation, la Commission locale de l’eau (CLE) du bassin-versant de la Vilaine a initié en 2022 une révision de son Schéma d’aménagement des eaux (SAGE) pour renforcer la protection des ressources en eau. Cependant, cet effort a été entravé par l’État, qui s’est manifesté aux côtés de la FNSEA, un syndicat agricole, en suspendant l’adoption de mesures cruciales, notamment l’interdiction des pesticides à proximité des zones de captage.
La colère des acteurs locaux face à l'inaction
Cette mesure, qui ne concerne que 1,4 % des surfaces du bassin, a provoqué une forte réaction des représentants agricoles. Jérémy Grandière fustige leurs « méthodes de voyou, qui menacent et réclament des concessions ». En décembre, une manifestation de 300 tracteurs a bloqué une réunion de la Commission locale de l’eau à Châteaubourg, et le gouvernement a ensuite imposé un moratoire national sur les questions liées à l'eau, une décision critiquée pour son absence de démocratie.
« Il est indéniable que tout le monde aujourd’hui est conscient de la toxicité des pesticides et de leur impact sur notre eau, un bien commun fondamental », déclare Jean-Luc Chenut, président du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine. Il dénonce la tendance du Gouvernement à se plier aux intérêts de certaines industries au détriment des préoccupations écologiques et sanitaires.







