Une nouvelle piste plus longue à Mayotte suscite autant d'espoir que d'inquiétude. Le projet de futur aéroport, dont la construction est envisagée d'ici 2036 à Bouyouni, se heurte aux préoccupations d'agriculteurs et d'écologistes quant à son impact environnemental.
Ce nouvel aéroport, choisi pour sa position sécurisée loin du littoral, a été validé par les ministères des Transports et des Outre-mer. Il vise à répondre aux contraintes techniques de celui de Dzaoudzi, actuellement limité par une piste de seulement 1 930 m.
Le décret publié le 17 avril dernier a permis de classer le projet d'aéroport de Bouyouni/M'Tsangamouji parmi les aéroports de catégorie A, facilitant ainsi le lancement de l'enquête publique, avec une déclaration d'utilité publique à venir d'ici la fin de l'été.
Le projet, chiffré à 1,2 milliard d'euros, n'est pas une nouveauté. Évoqué pour la première fois en 2011 pour satisfaire une demande croissante des élus locaux, il est devenu une nécessité face aux restrictions de l'aéroport actuel, qui ne peut pas supporter de gros porteurs.
Depuis la déclaration d'Emmanuel Macron en avril 2025, l'idée d'un nouvel aéroport a pris de l'ampleur. Les raisons évoquées incluent les défis géologiques et urbains qui entourent l'aéroport actuel, encerclé par des zones urbaines et fauniques fragiles que l'île espère voir classées par l'UNESCO.
Par ailleurs, des préoccupations liées à l'activité sismique se sont accrues depuis 2018, avec l'apparition d'un volcan sous-marin à proximité. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières, l'île subit actuellement 400 micro-séismes chaque mois, ce qui justifie le besoin de relocaliser l'aéroport.
L'extension de l'aéroport de Dzaoudzi nécessiterait un investissement de sept milliards d'euros et impliquerait la fermeture temporaire de l'aéroport pendant 18 mois. Cette situation pourrait causer d'importantes perturbations dans les liaisons aériennes, alertent les experts de la DGAC.
Le site de Bouyouni pourrait offrir une piste de 2 730 m sur un périmètre de 490 ha, ce qui ne convainc pas les opposants. Ces derniers s'inquiètent sur l'impact du projet sur les terres agricoles fertiles nécessaires à l'autonomie alimentaire de l'île, comme l’a souligné Anfane Saïd, agriculteur bio.
Les inquiétudes des agriculteurs se font également sentir sur le foncier, avec Anwar Soumaila Moevale émettant des doutes sur la nécessité de remplacer un terminal récemment rénové en 2014. Les craintes d'assèchement des nappes phréatiques sont également soulevées dans un contexte de pénurie d'eau persistent.
La délocalisation de nombreux emplois en Petite-Terre préoccupe également les acteurs locaux, comme le taxi Moussa Abdallah, qui voit l'aéroport comme un moteur essentiel de l'économie.
Cependant, le projet bénéficie du soutien d'organisations environnementales, qui font valoir qu'il engendrera un impact écologique moins grave que l'agrandissement de Dzaoudzi. Michel Charpentier des Naturalistes de Mayotte a reconnu les impacts, mais les considère comme minimes comparativement aux alternatives.
Le gouvernement espère maîtriser le foncier d'ici fin 2028, avec des travaux prévus à commencer début 2027 et une ouverture en 2036. La nécessité de gérer les expropriations et autres conflits de propriété qui gangrènent souvent la rapidité des projets à Mayotte rappelle la complexité à laquelle devront faire face les autorités.







