Une étude récente a révélé que 91% des chefs d'entreprise du BTP en Guadeloupe ressentent une profonde inquiétude quant à l'avenir de leur activité. Ce chiffre illustre bien le malaise d'un secteur en proie à un ralentissement sans précédent, dû à la diminution des commandes publiques et à des règles européennes de plus en plus strictes.
« Inquiet ? Comment ne pas l'être ! », s'exclame José Gaddarkhan, président de la fédération régionale guadeloupéenne du BTP, en référence aux résultats de l'enquête menée par Qualistat sur les ressentis des patrons du secteur. « Quand des professionnels commencent à évoquer le suicide, on comprend que la situation est critique », ajoute-t-il, soulignant que même les grandes entreprises ressentent cette pression.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon l'Institut des émissions d'outre-mer, le chiffre d'affaires du BTP a chuté de 9,8% en 2025, conséquence d'une activité ralentie depuis 2022. L'Iedom évoque un « ajustement à une commande publique en baisse », résultant d'un tarissement des finances publiques qui financent de nombreux chantiers sur l'île.
Les chiffres des appels d'offres sont préoccupants. Entre novembre 2024 et novembre 2025, seulement 331 appels ont été publiés, venant d'une baisse par rapport à l'année précédente, où 501 avaient été recensés. Fait alarmant : moins d'un sur dix de ces marchés trouve preneur. François Groh, directeur de l'Iedom en Guadeloupe, précise que « 90% des marchés publics restent vacants ».
Gaddarkhan décrit un cycle vicieux ; les budgets alloués aux travaux publics, établis longtemps avant le début des travaux, n'arrivent pas à suivre les fluctuations d'un marché qui se contracte de mois en mois.
- Tout est importé -
La flambée des coûts exacerbe cette crise. Les patronats évoquent la conjoncture internationale et l'augmentation des taxes, notamment le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, appliqué depuis janvier. Ce dispositif européen impose des frais aux matériaux de construction importés, un véritable problème pour une région où tout provient de l'extérieur.
Bien que la Commission européenne ait promis des adaptations, un acteur du secteur, préférant garder l'anonymat, s'inquiète : « Pour le ciment, nous perdons environ 8% de compétitivité, et les modes de calcul pourraient entraîner des hausses exponentielles ».
À cela, s'ajoutent de nouvelles incertitudes ; la filière de recyclage des déchets du bâtiment devrait être réformée à partir de septembre, avec une pleine mise en œuvre prévue pour 2027. Une échéance surveillée de près par des entreprises déjà en proie à des difficultés sociales et fiscales, obstacles à toute participation à des appels d'offres.
Le territoire guadeloupéen, quant à lui, impose sa propre série de défis. La carrière de Deshaies, principale source de granulats, a été fermée suite à un glissement de terrain fin décembre 2024, compliquant encore l'entretien des routes. Gaddarkhan souligne : « Ça fait 18 mois que tout est au ralenti. L'importation de granulats coûte maintenant le double ».
Malgré ces obstacles, certains projets émergent, comme la construction d'hôtels de luxe, mais ces promesses peinent à apaiser une profession à bout de souffle. Certains se tournent vers la rénovation comme solution, mais là encore, de nombreux freins demeurent. « Démolir et reconstruire un bâtiment, c'est une bonne idée, mais la loi sur l'artificialisation des sols et les nouvelles normes rendent les opérations coûteuses », souligne un cadre du secteur. La réticence des banques à financer de tels projets est également un sujet de préoccupation.
Finalement, même lorsque des chantiers prennent vie, les délais de paiement, surtout par des collectivités, s'accumulent, mettant à mal l'ensemble du tissu économique local. L'heure est au changement et aux solutions pour un secteur en détresse.







