Depuis près d'un an, Bruno Bois (Coordination rurale) dirige la chambre d'agriculture de l'Indre-et-Loire. Dans un climat de crise, l'éleveur-céréalier de Tournon-Saint-Pierre partage ses réflexions sur ses responsabilités.
Comment s’approprie-t-on un tel poste en mars 2025 ?
Il s'agit d'abord de comprendre l'organisation de la chambre d'agriculture 37, dont le fonctionnement est souvent méconnu. L'équipe comprend soixante collaborateurs, avec un budget annuel de sept millions. Nous servons de lien entre les acteurs institutionnels et le terrain, et notre rôle est parfois de clarifier les malentendus entre eux.
Quelles sont les spécificités du département ?
Selon le dernier recensement de 2020, nous comptons 3.617 exploitants agricoles, un chiffre déjà périmé, car nous perdons des agriculteurs chaque année. En 2000, nous en comptions 6.000. En outre, la tendance s'est orientée vers des grandes cultures, délaissant l'élevage, ce qui n'est pas judicieux pour le département. Une bonne part des cultures est destinée à l'alimentation animale ; donc, moins d'animaux signifie moins de rentabilité pour les cultures, créant un cercle vicieux. Il est urgent de redynamiser l'élevage, mais cela ne sera pas simple.
Quel est le rôle de la chambre et quels défis vous attendent ?
Dans ce contexte climatique, l'accès à l'eau durant l'été est vital. Sa répartition est complexe et les solutions souvent controversées. Nous devons également développer des compétences au sein de notre équipe pour mieux guider les agriculteurs, tout en assurant une aide réglementaire concernant les lois françaises et européennes. Parallèlement, nous soutenons les projets de développement.
En 2020, plus d'un quart de la population avait 60 ans. Comment garantir la transmission ?
Dans les dix à quinze prochaines années, nous devrons remplacer la moitié de notre effectif. Nous avons un rôle crucial : accompagner la transmission et l'installation de nouveaux jeunes agriculteurs. Pour y parvenir, il faut assurer des revenus décents pour les agriculteurs afin qu'ils restent le plus longtemps possible dans leur métier. Malheureusement, certaines productions souffrent de faibles cours mondiaux, et les pressions règlementaires se durcissent. Le changement climatique, avec l'augmentation des canicules et des pluies, aggrave également la situation, sans parler de la hausse des coûts d'exploitation. Sans revenus stables, relever le défi de la transmission devient impossible.
Qu'en est-il des mobilisations ?
La colère des agriculteurs est légitime au vu de notre situation économique. Ils ne tirent que peu ou pas de revenus de leur travail, et la pression des contrôles n'arrange rien. Beaucoup se sentent désabusés et ressentent le besoin de faire entendre leur voix.
Faire connaître l’agriculture
Bruno Bois esquisse les grandes lignes d'un projet stratégique à venir : « Pour maintenir les revenus, il faut sécuriser les débouchés et renforcer les compétences en gestion. L'accès à l'eau sera crucial, et nous devrons collaborer avec les irrigants et promouvoir la consommation locale. Il est essentiel de mieux communiquer sur nos pratiques agricoles pour reconnecter le public avec la production. »
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