Le récent conflit au Moyen-Orient ne risque pas de faire baisser les coûts de la bouillabaisse. Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient, qui a débuté avec des tensions entre les États-Unis et Israël fin février, commencent à se ressentir jusque dans nos assiettes. Le blocage du détroit d’Ormuz par l'Iran, un axe vital pour le commerce mondial et le transport de pétrole, a déjà provoqué une augmentation considérable des prix du pétrole et du gaz.
Pour les consommateurs français, cela se translate par une accélération des prix à la pompe. Mais d'autres secteurs, et particulièrement celui du poisson, commencent également à subir les effets de cette crise.
Les pêcheurs au bord du gouffre
Les professionnels de la pêche en France tirent déjà la sonnette d'alarme : le prix du gasoil frôle un euro le litre, un seuil qui menace directement la viabilité économique de nombreux métiers. « C'est l'un des plus gros postes de dépense pour assurer le fonctionnement des navires. Si les coûts du carburant dépassent les revenus de la vente, la situation devient intenable », alerte Jérôme Jourdain, secrétaire général adjoint de l’Union des armateurs à la pêche de France (UAPF).
Face à cette spirale inflationniste, de plus en plus de pêcheurs envisagent de garder leurs bateaux au port pour éviter les pertes. La problématique est différente selon qu'il s'agisse de pêche côtière ou au large : la consommation de carburant varie conséquemment. « Nous sommes le premier maillon d'une chaîne qui inclut le port, la criée, le mareyeur, le poissonnier et, finalement, le consommateur », ajoute-t-il. L'arrêt des débarquements pourrait donc déséquilibrer le marché, limitant l'offre sur les étals et augmentant ainsi les prix.
Impact sur les importations
En France, 70 % des produits de la mer proviennent de l’étranger, et cette part sera également bouleversée par les conséquences de la crise actuelle. Des pêcheurs à l'international, comme ceux en Thaïlande, sont aussi à l'arrêt en raison de la flambée des coûts de carburant. Les frais de transport pour acheminer les produits marins jusqu'en France vont également augmenter à cause de cette même hausse des hydrocarbures.
« Il existe un risque que, si les navires restent à quai, les trésoreries s'amoindrissent. La reprise des activités pourrait alors sembler un défi », s'inquiète Jourdain, alertant sur la perte potentielle de la souveraineté de la pêche française dans un marché déjà très compétitif. Pour pallier ces difficultés, il appelle à des mesures d’urgence pour soutenir les pêcheurs, semblables aux aides exceptionnelles mises en place lors de la guerre en Ukraine.
Récemment, une réunion a été tenue par Catherine Chabaud, ministre de la Mer et de la Pêche. Plusieurs options ont été évoquées, incluant des aides pour limiter les hausses des prix à la pompe, la suspension de certains prêts, et la création d’un système d’assurance pour compenser les fluctuations des prix des carburants. Dans un contexte déjà compliqué par des crises précédentes, tels que le Brexit et le Covid-19, les acteurs de cette filière n'ont plus de temps à perdre.







