Les annonces de l’époque étaient habilement déguisées sous des termes innocents, évoquant des "massages" ou des "moments de relaxation". Toutefois, un simple coup de fil dévoilait une réalité bien différente, avec des propositions explicites de rapports sexuels tarifés. Une ex-prostituée témoignait alors : "C’est 120 euros la demi-heure, 180 l’heure. Pas de sodo [sodomie ndlr]".
Après avoir fermé sa rubrique "Erotica" le 18 juin 2018, le site espérait tourner la page sur ses démêlés judiciaires. Cependant, le 10 septembre 2025, une juge avait ordonné un non-lieu en faveur des responsables de Vivastreet. Cette décision a été mise à mal le 5 mai dernier, lorsque la cour d’appel de Paris a demandé un renvoi à l’instruction.
Plus de 8.000 annonces et 33 millions de chiffre d’affaires
Le Mouvement du Nid, association luttant contre la prostitution, a été à l'origine de ce revirement. Partie civile, elle a saisi la cour d’appel suite à des irrégularités dans la procédure. Le retour du dossier devant le juge d'instruction a ouvert la voie à de nouvelles enquêtes.
Les gendarmes avaient pourtant mené une enquête approfondie lors de l’affaire initiale. L’adoption de la loi visant à pénaliser les clients de prostitués en 2016 avait conduit de nombreux travailleurs du sexe à se tourner vers Internet pour exercer leurs activités discrètement. Vivastreet était donc devenu un canal d'accès incontournable, abritant près de 8.880 annonces de nature sexuelle.
Des témoignages révélateurs
Des employés ont signalé que la section Erotica était celle qui générait le plus de revenus. "Dès mon arrivée, j’ai bien compris que c’est cette section qui faisait tourner la boîte", confiait l'un d'eux, ajoutant : "Je pensais avoir affaire à des 'macs'".
Un dossier négligé pendant une décennie
La juge chargée de l'affaire avait reconnu une insuffisance dans les procédures de modération, mais avait ensuite ordonné un non-lieu, arguant que la direction du site avait coopéré avec les autorités. Ce non-lieu a été contesté par la cour d’appel.
Les magistrats ont également infirmé un refus d’investigation, laissant présager un nouvel examen approfondi de l’affaire. Sophie Obadia et Joachim Bokobsa, avocats pour le Mouvement du Nid, ont exprimé leur satisfaction face à cette décision, soulignant l'importance des enjeux économiques liés à la prostitution.







