Disparition de Lyhanna : les zones d'ombre autour du suspect principal révèlent de graves incohérences

Une enquête complexe soulève des failles inquiétantes dans le suivi judiciaire du principal suspect.
Disparition de Lyhanna : les zones d'ombre autour du suspect principal révèlent de graves incohérences
La procureure d'Auch (Gers), Clémence Meyer, le 3 juin 2026 lors d'un point presse. (MATTHIEU RONDEL / AFP)

Alors qu’un corps a été retrouvé dans l'affaire de la disparition de Lyhanna, des interrogations se posent quant à la gestion de l'enquête impliquant Jérôme Barella, déjà visé par une plainte pour des viols sur mineure entre septembre 2024 et mai 2025.

Y a-t-il eu des failles dans le suivi judiciaire de Jérôme Barella, âgé de 41 ans et désigné comme principal suspect dans l’affaire de la disparition de Lyhanna, cette collégienne qui n'a plus donné signe de vie depuis le 29 mai à Fleurance, dans le Gers ? Père de famille, Barella a été mis en examen pour l’enlèvement et la séquestration de la préadolescente.

Avant cette affaire, il avait été ciblé par plusieurs procédures concernant des violences sexuelles sur des mineures, comme l’a confirmé la procureure d'Auch, en date du 3 juin. Parmi ces plaintes, deux avaient été classées sans suite, indique-t-elle lors d’un point presse.

Au moment où Lyhanna disparaît, une enquête est déjà en cours visant Jérôme Barella, initiée suite à une plainte pour viols sur mineure, déposée le 22 août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne), lieu où la famille avait récemment emménagé. Cinq jours plus tard, une enfant de 10 ans est entendue par les enquêteurs dans une "salle Mélanie", spécialement conçue pour recueillir la parole d'enfants victimes de violences. Elle y évoque des faits de viol commis dans la maison de Jérôme Barella à Montestruc-sur-Gers, entre septembre 2024 et mai 2025.

Des lacunes dans le suivi judiciaire

Lorsqu'une infraction criminelle sur un mineur est signalée, les enquêteurs doivent en principe alerter le parquet. Or, cela a-t-il été fait dans le cas de cette plainte déposée à l’été 2025 ? Cette question est centrale et sera examinée par l’enquête administrative récemment annoncée par le ministre de l’Intérieur, confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale.

« Dans un monde idéal, cela devrait être le cas », commente Lucia Argibay, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, qui indique cependant que le manque de moyens humains et matériels complique souvent le traitement de ce type de dossiers. « Nous sommes contraints par le nombre d'heures de travail disponibles et les ressources à notre disposition », soutient également Manon Lefebvre, une autre porte-parole du syndicat.

Les observations de Aurélien Martini, secrétaire général adjoint de l’Union syndicale des magistrats, illustrent encore davantage la problématique : « Il y a quatre fois moins de procureurs en France qu’en Europe », souligne-t-il, insistant sur la nécessité d'augmenter les moyens alloués à la justice.

De plus, une réunion a été convoquée par le Premier ministre Sébastien Lecornu avec les ministres concernés pour discuter de l’avancée de l’affaire Lyhanna, témoignant de l’importance croissante que prend cette problématique.

Des délais d’enquête préoccupants

L’enquête sur les viols présumés a été ouverte en Haute-Garonne sous l’autorité du parquet de Toulouse, avant d’être transférée au parquet d’Auch, compétent sur le lieu des faits. Selon le procureur de Toulouse, David Charmatz, tout a été fait conformément à la procédure. Toutefois, le délai d'analyse de la plainte et la transmission du dossier entre parquets s'établit à deux mois, une temporalité jugée préoccupante par plusieurs acteurs au sein de la justice.

Lucia Argibay met en lumière les complexités administratives découlant de ces processus : « Les délais de transmission entre tribunaux peuvent être excessivement longs, parfois à cause de l'absence de numérisation des dossiers ».

Le traitement des témoignages d'enfants à revoir

Le traitement des plaintes concernant des mineurs reste un enjeu crucial, souvent mal pris en compte. La procédure concernant Jérôme Barella, arrivée au parquet d’Auch, a finalement été adressée à la gendarmerie de Lectoure le 9 janvier 2026, ce qui soulève des questions sur le temps nécessaire à l'identification et à l'interrogation du suspect.

De nombreux experts, dont l’avocate Carine Durrieu-Diebolt, pointent du doigt le fait qu’un faisceau d'indices suffisants aurait dû mener à un traitement plus urgent de cette affaire. « Il est important de bien préparer les enquêtes, mais le délai d'audition de dix mois est inacceptable », conclut-elle, insistant sur la responsabilité potentielle de l’État dans ces dysfonctionnements.

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