Ce jeudi, la cour d'assises spéciale de Paris examine les responsables de la campagne de haine qui a précédé l'assassinat du professeur Samuel Paty, tué par un jeune islamiste tchétchène en octobre 2020.
Rejugés depuis la fin de janvier, Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui, condamnés à des peines de 13 et 15 ans de réclusion criminelle en première instance, ont pris part à une cabale en ligne contre cet enseignant d'histoire-géographie, ayant montré des caricatures du prophète Mahomet pour illustrer la liberté d'expression.
Une fatwa numérique révélatrice
Les deux hommes sont jugés pour association de malfaiteurs terroriste. Bien qu'ils rejettent toute implication dans l'acte de violence commis par Abdoullakh Anzorov, ils avaient éveillé les tensions en divulguant des informations personnelles sur Samuel Paty, contribuant ainsi à une mise en danger croissante.
Le crime a été le résultat d'une véritable "fatwa numérique", comme a été soulignée dans le verdict précédent. La cour a révélé que Chnina et Sefrioui avaient délibérément attisé la colère et la haine envers Paty, rendant ainsi son assassinat prévisible dans un climat déjà tendu.
Un expert en sociologie, intervenant pour Le Monde, a indiqué que ce genre de campagnes témoignent de la polarisation croissante dans la société, indiquant que la radicalisation pourrait se développer aisément à travers des discours de haine sur les réseaux sociaux.
"Les actions de ces individus reflètent la manière dont des réseaux sociaux peuvent être détournés pour inciter à la violence", a conclu cet expert.
Le procès soulève également des questions cruciales quant à la responsabilité. Peut-on être jugé coupable d'association de malfaiteurs pour avoir participé à une campagne de haine, même sans savoir qu'elle aboutirait à un acte terroriste ? Cette question paraît centrale dans le débat judiciaire actuel.
Campagne d'animation et de désinformation
Tout a commencé par un mensonge propulsé sur Internet : la fille de Chnina avait prétendu que Paty avait demandé aux élèves musulmans de quitter la salle pendant sa leçon, une affirmation avérée fausse. Le père, sans vérifier, a lancé une attaque virulente sur les réseaux sociaux, entraînant Sefrioui dans sa croisade.
La virulence de cette campagne a été telle qu'elle a conduit Anzorov à s'en prendre à Paty. Malgré leurs allégations de non-intention criminelle, des proches de la victime affirment que leur rôle dans cette tragédie a été déterminant.
Cela nous rappelle également un précédent tragique : en janvier 2015, des attaques terroristes avaient frappé la France après que Charlie Hebdo ait republier les caricatures en question. La répétition de tels événements indique une problématique bien plus grande, celle de la liberté d'expression face à la montée des discours de haine.







