« Quand mes filles cesseront-elles d'être ignorées ? » Malgré certaines avancées, il existe encore des obstacles majeurs quant à la prise en compte des témoignages d'enfants victimes de violences sexuelles, déplorent les familles. De nombreux parents se disent frustrés par le traitement de ces dossiers sensibles.
Comme le souligne une mère, Camille, sur son compte Instagram, « lorsqu'une situation alarmante a été rapportée, les réactions ont été minimisées ». En effet, après avoir tenté de porter plainte, une réponse négative lui a été donnée, affirmant que la plainte ne pouvait pas être enregistrée. De plus, lors des auditions, les témoignages de ses filles auraient été modifiés, accentuant la détresse de cette mère face aux structures censées protéger les enfants.
Le long chemin vers la guérison
Pour Caroline, la situation est tout aussi préoccupante. Sa fille, Julia, a été victime d'une agression à l'âge de quatre ans. Aujourd'hui, à 10 ans, elle lutte avec des séquelles psycho-émotionnelles profondes. « Malgré l'accompagnement psychologique, elle vit toujours un calvaire », se désespère Caroline, ajoutant qu'à chaque interaction avec la justice, sa fille ressent que sa voix n'est pas valorisée.
Des progrès mal assurés
Vingt-cinq ans après l'affaire d'Outreau, des progrès significatifs ont été réalisés dans la prise en charge des violences sexuelles faites aux enfants. Cependant, de réels défis demeurent. L'entourage du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a reconnu des « dysfonctionnements » persistants dans la prise en charge de ces cas, en particulier pour les violences intrafamiliales.
Les critiques blâment également la lenteur du système judiciaire, ce qui ne fait qu'aggraver le sentiment d'angoisse chez les victimes. Comme l'explique Carine Durrieu-Diebolt, avocate spécialisée, « La parole des enfants est souvent entendue trop tard dans le processus judiciaire ; il est crucial de recueillir ces témoignages aussi vite que possible ».
Laurent Boyet, président de l'association Les Papillons, partage cette inquiétude. Selon lui, la bureaucratie et le manque de ressources compliquent énormément la situation. « Les enfants ont impérativement besoin de reconnaissance en tant que victimes pour commencer leur processus de guérison », souligne-t-il.
*Les prénoms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des victimes.







