Pendant que l'attention mondiale se focalise sur la circulation des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, un enjeu crucial pour l'Internet mondial se joue sous la surface des mers. En effet, des câbles Internet sous-marins, vitaux pour l'échange de données et l'économie mondiale, traversent cette région stratégiquement sensible. En début de semaine, l'Iran a exprimé son intention de tirer profit de ce "trésor" sous-marin.
Les Gardiens de la Révolution ont clairement déclaré sur Telegram que toute disruption de ces infrastructures entraînerait des pertes de "centaines de millions de dollars par jour" sur l'économie mondiale. Ces câbles, véritables artères de notre Internet moderne, transitent par le détroit d'Ormuz, et comprennent des systèmes comme FALCON et Gulf Bridge International Cable System (GBI).
Une majorité d'accidents
Sur le plan logistique, les menaces d'interruption de service par l'Iran sont lourdes de conséquences. Contrairement à ce que leur importance stratégique pourrait évoquer, ces câbles sont peu protégés. Selon l'ONU, entre 150 et 200 incidents sont rapportés chaque année, majoritairement accidentels, comme ceux causés par des navires de pêche. Néanmoins, des menaces de coupures intentionnelles ont émergé, comme l’indique Félix Blanc, cofondateur de l'ONG Danaides.
Au total, 1,3 million de kilomètres de câbles s'étendent dans les profondeurs océaniques, rendant leur surveillance intégrale impossible. Selon Félix Blanc, l'utilisation croissante de drones sous-marins pour assurer la surveillance de ces installations critiques en est un signe positif.
Toutefois, malgré cette fragilité, la résilience des systèmes de câbles s'améliore. Mikaa Blugeon-Mered, chercheur à l'Université du Québec, souligne que le nombre de câbles a doublé dans certaines régions, augmentant ainsi leur robustesse face aux perturbations potentielles.
Des dizaines de milliards de dollars en jeu
Une coupure volontaire aurait des conséquences désastreuses pour la connectivité des pays autour du Golfe, notamment dans le secteur financier où Dubaï et Doha se démarquent. Pourtant, Félix Blanc tempère : les coupures intentionnelles ou accidentelles auraient peu d'impact sur l'ensemble du réseau mondial, le détroit d'Ormuz ne représentant qu'un faible pourcentage du trafic Internet global.
Une taxation comme moyen de pression
Pour l'Iran, la menace de couper ces câbles est avant tout une tactique de négociation. Le parlement iranien a récemment évoqué la possibilité de taxer les flux de données transitant par ses eaux, un parallèle à ce qui se pratique dans d'autres passages maritimes comme le canal de Suez.
Cette démarche pourrait voir le jour dans un contexte où d'autres pays cherchent eux aussi à tirer parti de leur position géographique dans le transport de données. Félix Blanc explique que l'idée de taxer les flux de données est déjà sur la table en Europe, mais que c'est la première fois qu'un État comme l'Iran cherche à l'adopter comme levier économique.
En conclusion, cette situation souligne la complexité croissante des interactions géopolitiques autour des infrastructures numériques, et l'émergence de nouvelles formes de tensions où les données deviennent un enjeu de pouvoir stratégique.







