"Vous montrez que c'est possible. Pourquoi ne pas faire pareil en France ?" Telles sont les interrogations de Marine Tondelier, qui s'est récemment rendue à Bruxelles pour explorer le "modèle belge" en matière d'accueil des victimes de violences sexuelles. Ce déplacement s'inscrit dans un contexte de mobilisation de la classe politique française suite à l'affaire Lyhanna, qui a ravivé le débat sur la prévention et la sanction des violences sexuelles, notamment à l'encontre des femmes et des enfants.
À Bruxelles, Tondelier a eu l'occasion de visiter un centre dédié à la prise en charge des victimes, un dispositif qui compte bientôt 13 établissements à travers le pays, tous accessibles en une heure au maximum. Intégrés dans un environnement hospitalier, ces centres offrent des soins à la fois médicaux, psychologiques et judiciaires. Les victimes y sont accueillies par des sages-femmes ou des infirmières et des policiers formés spécialement pour traiter les cas de violences sexuelles.
"Tout est conçu pour maximiser le soutien aux victimes, réduisant ainsi le traumatisme souvent ressenti lors d'un passage au commissariat", a souligné Tondelier durant sa visite, tout en découvrant des locaux à la fois confortables et sécurisés. Ces centres ont pour mission d'être des havres d'écoute et de soutien, accessibles via une porte sécurisée au sein des urgences du CHU de Saint-Pierre.
En bas des escaliers de ce centre se trouve la salle des archives, où une cinquantaine de sacs contenant des effets personnels, ainsi que cinq congélateurs dédiés au stockage de prélèvements ADN, sont entreposés. En 2022, le centre de Bruxelles a déjà pris en charge 1 131 cas. Charlyne Liétard, la coordinatrice des lieux, a même évoqué le besoin imminent de nouveaux congélateurs, une demande en pleine croissance.
Pour Tondelier, la gestion de ces centres représente une véritable politique proactive qui vise à accumuler le maximum de preuves pour éviter des classements sans suite. "Nous devons établir de tels centres en France", a déclaré Tondelier à l'AFP, la candidate à la présidentielle s'engageant à faire de ce sujet une partie intégrante de son programme. Son indignation face à l'inaction française a été palpable, surtout en comparaison avec les initiatives belges.
Au cœur de cette réflexion se trouve une critique des tabous entourant les violences faites aux enfants en France. "Il est temps d'en finir avec une certaine forme de permissivité sur ce sujet", a-t-elle affirmé, en déplorant que des élites aient longtemps glorifié de tels actes. La question de l'imprescriptibilité des crimes sexuels envers les enfants a également été soulevée, tout en s’opposant aux solutions proposées par certains représentants de la droite, telles que les castrations chimiques.
Alors que Marine Tondelier pourrait se retrouver parmi les rares femmes candidates à la présidentielle, elle insiste sur l'importance d’un regard collectif sur cette problématique. "Les hommes peuvent s'impliquer dans la question de la protection des enfants, malgré une absence de réelle participation dans les faits", a-t-elle souligné.
Après sa visite inspirante, Tondelier a prévu de regagner Paris pour participer à un rassemblement au ministère de la Justice, visant à dénoncer les dérives du système judiciaire mises en lumière par l'affaire Lyhanna.







