Au Gabon, un climat de répression s'intensifie, remettant en question les aspirations démocratiques suscitées par l'élection de Brice Clotaire Oligui Nguema en avril 2025. En effet, l'opposé de la promesse de changement se matérialise par l'emprisonnement d'opposants, la suspension des réseaux sociaux et des menaces à l'encontre des voix critiques.
Une des premières victimes de cette répression est Nelly Ngabima, surnommée la Princesse de Souba sur TikTok, où elle compte environ 250 000 abonnés. Elle indique avoir subi des menaces de l'entourage présidentiel, menant la France à lui accorder le statut de réfugiée en 2024. L'AFP a pu consulter des messages enregistrés où une collaboratrice proche de M. Oligui Nguema menace publiquement son père.
« M. Oligui ne souhaite pas entendre les opposants ni les activistes », déclare-t-elle, reflétant un sentiment partagé par de nombreux Gabonais qui espéraient une évolution après la chute de la dynastie Bongo, notamment en août 2023, moment qui avait suscité l'enthousiasme dans les rues de Libreville.
Ce changement de régime suscité par un coup d'État a donné naissance à des espoirs de réformes, légitimés par l'élection présidentielle où Nguema récolta près de 95 % des voix. Bien que la presse ait connu une certaine liberté d’expression, le Gabon est tombé de la 121ème à la 41ème place dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF) entre 2020 et 2025. Cependant, cet élan a rapidement été terni par des arrestations de journalistes, des tentatives de museler les influenceurs et des suspensions massives de réseaux sociaux.
Jean-Valentin Leyama, ancien député d’opposition, évoque un « revirement répressif » après la transition, où il a observé avec surprise ce durcissement du pouvoir post-élection. La récente incarcération du leader de l'opposition, Alain-Claude Bilie-By-Nze, au sujet d'une dette de 2008, est perçue comme une manœuvre destinée à le rendre inéligible pour les futures élections. Selon son avocat, Thierry Nguia, cette situation constitue un prétexte pour étouffer la voix de l’opposition.
« Chaque Gabonais doit comprendre que ce qui arrive à M. Bilie-By-Nze peut nous arriver à tous », alerte Théophile Makita Niembo, vice-président du parti Ensemble pour le Gabon. En dépit de cela, M. Oligui Nguema a affirmé dans une interview que l'exécutif n'interfère pas dans les affaires judiciaires, défendant ainsi l'indépendance de la justice.
Les manifestations de cet état d’angoisse s'illustrent par une vidéo virale où un citoyen avoue craindre des répercussions s'il exprime son avis sur la grève des enseignants. Riches d’hydrocarbures, le Gabon est désormais victime d’une inquiétante dérive. Les récents propos d’un journaliste anonyme confirment que « sous l'ère Bongo, il y avait plus de liberté d’expression », une affirmation qui soulève des inquiétudes parmi les citoyens.
Récemment, deux syndicalistes ont été arrêtés alors qu'ils luttaient pour des droits en matière d'éducation, après leur apparition dans des vidéos circulant largement. Parallèlement, le gouvernement a suspendu Facebook, WhatsApp et Instagram, arguant que ces plateformes pourraient engendrer des troubles sociaux, tandis qu’il a établi une nouvelle réforme qui interdit l’anonymat sur les réseaux sociaux.
En perspective de la prochaine présidentielle, Jean-Valentin Leyama conclut que ces mesures visent à « neutraliser les voix critiques et à instaurer un climat de peur », un tableau qui contraste fortement avec les promesses de liberté offertes lors de l'arrivée au pouvoir de M. Oligui Nguema.







