Près de quatre décennies après les sacres épiscopaux controversés de 1988, la Fraternité Saint-Pie X a réitéré son acte de désobéissance en consacrant quatre nouveaux évêques dans son bastion historique d'Écône, en Suisse. Cet événement, perçu comme un 'acte schismatique' par le Vatican, s'est déroulé le 1er juillet 2026, attirant des milliers de fidèles venus des quatre coins du monde.
En ignorant l'appel pressant lancé par le pape Léon XIV quelques jours auparavant, les nouveaux évêques — deux Français, un Américain et un Suisse — se retrouvent désormais excommuniés, tout comme les deux autres évêques de la Fraternité, selon les déclarations officielles du Vatican.
Les membres de cette communauté traditionaliste, fondée par l'évêque Marcel Lefebvre, sont fortement attachés à leurs traditions, avec environ 600 000 fidèles à travers le monde. 'C'est une journée historique!', a lancé Jean-Pierre Stauffer, 79 ans, un fidèle qui a fait le déplacement de Genève. 'Ce qui se passe aujourd'hui ne fait que commencer.'
La cérémonie, qui s'est déroulée sous la pluie pendant près de quatre heures, a revêtu un cadre bien particulier, rappelant le sacre historique de 1988. 'Ce n’est pas un acte de rébellion, mais un acte d’amour envers l’Église', a souligné l'abbé Michel Rion, professeur de théologie. Les futurs évêques, consacrés sans juridiction spécifiée, estiment que cela évite un schisme, bien que le Vatican ait une interprétation différente.
La sanction du Vatican
Pour les autorités vaticanes, consacrer un évêque sans l'accord papal constitue une insubordination grave, entraînant une excommunication automatique. Dans une lettre datée du 29 juin, le pape avait imploré la Fraternité de renoncer à son projet. En réponse, l'abbé Davide Pagliarani, supérieur de la Fraternité, a défendu leur décision, affirmant qu'ils ne sont 'ni schismatiques ni hostiles à l'Église'.
Ce refus de suivre la voie tracée par le Concile Vatican II (1962-1965), qui a apporté d'importantes réformes à l'Église, illustre bien les tensions existantes. Les fidèles de la Fraternité privilégient des rituels traditionnels, notamment la messe en latin, et manifestent une résistance face aux changements contemporains dans l'Église.
Rappelons qu'en 1988, le pape Jean-Paul II avait déjà essayé de dissuader la Fraternité d'ordonner de nouveaux évêques, mais sans succès. L'excommunication qui avait alors suivi a été levée par le pape Benoît XVI en 2009. Depuis, le climat a quelque peu évolué, avec le pape François ayant reconnu la validité des sacrements célébrés par cette Fraternité.
Avec 751 prêtres et 264 séminaristes, la Fraternité a exprimé sa volonté de se développer, car seuls deux évêques sont actuellement en fonction. Bien qu'elle ait une certaine influence dans des cercles conservateurs, elle demeure minoritaire au sein d'une Église catholique comptant près de 1,3 milliard de fidèles.







