Près de quatre décennies après les sacres épiscopaux de 1988, marquant une rupture avec le Vatican, la Fraternité traditionaliste Saint-Pie X (FSSPX) a de nouveau perpétré un acte audacieux en consacrant quatre évêques mercredi dernier, dans son fief historique d'Ecône, en Suisse.
C'est la première fois en 35 ans que la FSSPX, fondée par l'évêque français Marcel Lefebvre, sacre des évêques, malgré le nombre considérable de ses fidèles, estimé à 600,000 à l'échelle mondiale.
Ces cérémonies ont été qualifiées d'"historiques" par l'abbé Davide Pagliarani, supérieur général de la communauté, lors de son homélie.
Les nouveaux évêques, notamment les abbés français Michel Poinsinet de Sivry et Marc Hanappier, l'abbé américain Michael Goldade, ainsi que l'abbé suisse Pascal Schreiber, se retrouvent de facto excommuniés, ayant ignoré l'appel du pape Léon XIV de cette semaine.
Cependant, la fraternité maintient une vision différente des choses : "nous estimons que toutes peines et censures n'ont aucune valeur", a affirmé Foucault Leroux, son secrétaire général, durant la célébration.
La grand-messe, d'une durée d'environ quatre heures, s'est tenue en plein air devant des milliers de fidèles sur la prairie d'Ecône, où se tenaient des configurations fastueuses aux couleurs dominantes du pourpre et de l'or, en hommage aux traditions anciennes.
Lors de la cérémonie, les quatre abbés ont été symboliquement allongés face contre terre pendant le chant de la litanie des saints avant de recevoir l'imposition des mains, un geste essentiel de l’ordination.
Comme en 1988, ces évêques sont consacrés sans juridiction attitrée, une situation que la Fraternité considère comme excluant tout schisme. Pour le Vatican, en revanche, consacrer un évêque sans l'aval du pape constitue une insubordination manifeste, entraînant une excommunication automatique.
Le pape Léon XIV, dans une lettre envoyée le 29 juin, avait exhorté la Fraternité à abandonner son projet. Il a averti que, dans le cas d'un "acte schismatique", les sacrements administrés par les évêques concernés seraient invalidés.
Pourtant, la Fraternité refuse de se voir comme "schismatique". L'abbé Michel Rion, professeur de théologie au séminaire d'Ecône, a même déclaré : "Pour nous, être schismatique est la pire des choses ; nous préférons mourir plutôt que cela."
Rejetant les changements postérieurs au Concile Vatican II, la FSSPX s'accroche à une interprétation stricte de la tradition catholique, notamment en ce qui concerne la messe de rite tridentin, célébrée en latin.
Ce dernier acte de consécration rappelle les événements de 1988, qui avaient déjà suscité des tensions avec le Vatican. Même si le pape Jean-Paul II avait alors réussi à dissuader la fraternité, cela n’a pas empêché la consécration, entraînant une excommunication immédiate levée par Benoît XVI en 2009.
La Fraternité, composée aujourd'hui de 751 prêtres et 264 séminaristes répartis dans 77 pays, justifie cette dernière consécration par sa "nécessité", soulignant que le nombre réduit d’évêques entrave sa croissance. Bien qu'elle soit influente dans certains milieux conservateurs, elle demeure une minorité au sein de l'Église catholique, qui compte environ 1,3 milliard de fidèles.







