Des licenciements incessants, des surveillances intrusives et une perte de talents : la frénésie d'adoption de l'intelligence artificielle (IA) chez Meta se traduit par un malaise profond au sein de l'entreprise, malgré une prospérité financière qui devrait rassurer. Les coupes d'effectifs continuent de faire l'actualité, laissant les employés dans une incertitude perpétuelle.
Depuis plus d'un an, la maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp subit une réorganisation intérieure désordonnée, couplée à une pression sans précédent sur le personnel. En dépit des bénéfices exceptionnels – près de 23 milliards de dollars au premier trimestre, en hausse de 30 % en un an grâce à la publicité – l'ambiance est loin d'être sereine, comme le rapportent plusieurs médias, dont Le Monde.
Mark Zuckerberg, le fondateur de Meta, a choisi d'intensifier les efforts liés à l'IA, entraînant des réductions d'effectifs d'environ 8 000 postes, soit près de 10 % des employés. Ce qui a engendré un phénomène qu’un salarié a décrit comme une "culture de la peur", où chaque individu redoute la prochaine annonce de licenciement et où les rumeurs se propagent tel un virus inhibant l'efficacité.
Des données scrutées
Pour financer ses ambitieux projets d’IA, l’entreprise parie sur des investissements colossaux pouvant atteindre 145 milliards de dollars d'ici 2026. Ce chiffre symbolise un doublement des dépenses par rapport à l'année précédente, tout en contraignant 6 500 salariés à effectuer des tâches considérées comme "abrutissantes" pour alimenter des modèles d'IA, comme l'indique un rapport de Libération.
Ce climat est accentué par un programme controversé, le Model Capability Initiative, qui a récemment été suspendu suite à des fuites révélant une surveillance excessive des activités des employés. Des témoignages rapportés par le site The Guardian décrivent un environnement de travail où les clics et les frappes de clavier sont analysés pour améliorer la performance des IA.
Zuckerberg, qui a défendu cette approche en arguant que les agents IA apprennent des meilleurs, a cependant dû faire face à une révolte parmi son personnel. Plus de 1 600 d'entre eux ont signé une pétition demandant l'arrêt de cette surveillance, témoignant d’un malaise partagé. "Nous sommes traités comme des machines", déclarait un membre du personnel.
"La culture de l’entreprise doit changer et revivre", a écrit Andrew Bosworth, directeur technologique, dans un blog qui appelle à une reprise en main du climat interne.
Investissements et controverses
Cependant, malgré ces tensions, Zuckerberg investit massivement pour rattraper son retard sur des entreprises comme Google ou OpenAI. En juin, il a engagé 14 milliards de dollars dans Scale AI pour doper ses efforts. Mais des experts s'interrogent sur l'expérience du nouveau directeur de laboratoire, Alexandr Wang, jugée insuffisante par certains, dont le lauréat du prix Turing, Yann LeCun, qui a récemment quitté Meta.
Avec tous ces défis à relever, Meta explore aussi de nouveaux marchés, comme les lunettes connectées et une application de paris en ligne, tout en étant sous le coup d'une surveillance judiciaire accrue pour sa gestion des données et des effets de ses plateformes sur les utilisateurs mineurs. La situation est complexe, et l'avenir de l'entreprise dépendra largement de sa capacité à rétablir un climat interne sain tout en poursuivant son ambition technologique.
Pour résumer, alors que la course vers l'intelligence artificielle pourrait offrir des opportunités sans précédent, elle doit être encadrée par une considération claire pour le bien-être des employés, afin d’éviter un effondrement des fondations de l’entreprise.







