Rodrigo Londoño, connu sous le nom de Timochenko, ancien commandant des ex-Farc, a exprimé ses préoccupations concernant les "messages de haine" pouvant exacerber la violence en Colombie. Cette mise en garde survient alors que le président élu, Abelardo de la Espriella, annonce des intentions de révoquer des éléments cruciaux de l'accord de paix de 2016, signé entre la guérilla et l'État.
Dans un message à l'AFP, Timochenko a révélé que plusieurs anciens chefs de la guérilla avaient adressé un courrier à de la Espriella pour reconnaître sa victoire électorale et proposer un dialogue, soulignant l'importance d'honorer l'accord de paix qu'ils ont signé.
Le nouveau président, avocat novice en politique, se positionne à droite et prône une approche radicale contre les groupes armés. Il a qualifié Timochenko de "criminel de guerre", appelant à des peines sévères pour ceux impliqués dans le trafic de drogue. Il souhaite également mettre un terme aux négociations entre le gouvernement sortant de Gustavo Petro et les dissidences des ex-Farc qui continuent d’opérer.
Condamné à huit ans de travaux d'intérêt général en 2025 pour le rôle des Farc dans plus de 21 000 enlèvements, Timochenko peine à voir une sortie pacifique aux tensions croissantes entre l'État et les anciens guérilleros.
De la Espriella entend abolir le tribunal spécial chargé de juger les crimes de guerre, tribunal qui applique des peines alternatives pour les anciens combattants ayant collaboré avec la justice. Il accuse la justice d'avoir été trop indulgente envers les ex-rebelles, tout en étant sévère envers les militaires impliqués dans des exécutions extrajudiciaires.
À l’occasion du dixième anniversaire de l'accord de paix, Timochenko a alerté sur la stigmatisation persistante dont sont victimes les signataires, et a appelé à réduire la voilure de ces "messages de haine" qui peuvent inciter à la violence. "Ces paroles ont un pouvoir destructeur; il est crucial de les atténuer", a-t-il déclaré.
Environ 13 000 guérilleros avaient déposé les armes à la suite de l'accord de paix, espérant se réinsérer dans la société. Selon la Mission de vérification de l'ONU, parmi les signataires, 492 ont perdu la vie depuis lors.
Récemment, Timochenko et d'autres figures emblématiques des ex-Farc, dont Pastor Alape et Pablo Catatumbo, ont assuré leur "engagement indéfectible" envers la paix. "Nous espérons que l'État colombien respectera cet accord avec la sincérité requise", a insisté Timochenko, soulignant que le dialogue est essentiel pour instaurer la paix.
Il a conclu en affirmant que la société colombienne a mûri et qu’il est possible d'avancer ensemble malgré les divergences. "Nous devons construire une Colombie unie, en dépit de nos différences", a-t-il affirmé.
Des experts s'accordent à dire que les groupes armés illégaux ont renforcé leur influence en Colombie ces dernières années, rendant la situation encore plus préoccupante. Abelardo de la Espriella prêtera serment le 7 août, et la communauté internationale observe de près son arrivée au pouvoir.







