Avec l'ouverture de la Semaine verte de Berlin, les tensions entre l'agriculture et l'industrie allemande refont surface, ravivées par l'accord Mercosur. Cette période de célébration met en lumière la crainte croissante au sein du secteur agricole, tout en faisant scintiller des opportunités pour l'industrie.
La dernière édition de cet événement, qui s'est ouverte le 16 janvier, se déroule dans un contexte apaisé, contrairement au Salon de l’agriculture en France où la tension est palpable. Tout en célébrant l'arrivée de 60 bovins sains pour l'exposition, l'ambiance est marquée par l'inquiétude généralisée des agriculteurs face à la menace d'une concurrence accrue venant d'Amérique du Sud.
La semaine précédente, des blocages ponctuels d'autoroutes par des agriculteurs en colère ont eu lieu dans plusieurs Länder allemands, même si leur impact a été rapidement atténué par les forces de l’ordre. Cette agitation traduit les préoccupations des producteurs, notamment ceux de la filière avicole, qui redoutent une distorsion de la concurrence avec l'importation de 180 000 tonnes de volaille en provenance d'Amérique du Sud, où les normes sanitaires diffèrent.
Cependant, du côté gouvernemental, l’accord est perçu comme une opportunité économique. Selon les autorités, le secteur agricole représente une part infime du PIB (0,8 % prévu pour 2024), ce qui le rend moins essentiel dans le tableau économique plus vaste. Stefan Seidendorf, politologue, constate que les dirigeants européens, dont Emmanuel Macron et le chancelier allemand Merz, peinent à trouver une position unifiée face à ces enjeux. Le Mercosur, qui pourrait créer la plus grande zone commerciale mondiale, représente en effet un marché de 730 millions de consommateurs.
Les critiques soulignent que le Mercosur ne doit pas être vu uniquement à travers le prisme de l'agriculture. En effet, pour l'industrie allemande, il pourrait s'avérer une bouffée d'air frais. Olivier Kölsch, directeur général de la Fédération allemande de l'industrie alimentaire (BVE), évoque un potentiel d'augmentation des exportations de 6,5 % dès l'année prochaine, ce qui relance l'espoir après une période de stagnation. La simulation de l'institut Thünen confirme que les impacts sur la production de viande de volaille et de bétail seraient minimes, alimentant les débats sur la résilience du secteur face aux normes de qualité exacerbées.
Alors que les États-Unis et la Chine adoptent des approches protectionnistes, l'approbation du Mercosur est perçue comme une mesure anti-Trump, visant à renforcer la position commerciale européenne. Selon des sources, un Malbec argentin pourrait bientôt coûter moins cher sur le marché allemand, bien que les experts estiment que les exportations de vin vers l’Amérique du Sud en seront davantage bénéficiaires. Ainsi, si l'accord soulève des incertitudes pour certains, il est également porteur de nouvelles promesses d'exportations et de croissance pour d'autres secteurs visiblement plus optimistes.







