De l’océan Arctique à la Patagonie, la barge hudsonienne fait face à un périple de plus en plus dangereux, son existence étant menacée d’extinction. L’Onu devrait se pencher sur sa protection lors d’une réunion cruciale le 23 mars.
En quarante ans, les populations de la barge hudsonienne (Limosa haemastica) ont chuté de 95 %, principalement en raison du changement climatique et d’autres problèmes environnementaux. Cette espèce fait partie des 42 qui pourraient bénéficier d'une protection internationale lors de la Convention sur la conservation des espèces migratrices (CMS), qui commence lundi au Brésil.
Parmi les autres espèces en danger, on trouve la chouette des neiges, la hyène rayée et le requin-marteau. Tous partagent un point commun : leur survie dépend de la coopération internationale et de la protection des habitats qu'elles traversent.
Nathan Senner, écologue à l’Université du Massachusetts, souligne les « déclins rapides et spectaculaires » des populations d’oiseaux migrateurs, qu’il étudie depuis deux décennies.
La barge, avec son long bec aiguisé, peut parcourir jusqu'à 11.000 km sans faire de pause pour se nourrir ou s'hydrater. Son parcours annuel, entre le nord de l’Amérique et la Patagonie, représente un total de 30.000 km.
Un retard préoccupant dans la migration
Le printemps dans l’Arctique s’est décalé à cause des changements climatiques, perturbant la synchronisation entre l’éclosion des œufs et la disponibilité des insectes, une source de nourriture essentielle pour les jeunes oiseaux. Senner observe que les barges commencent à migrer en moyenne six jours plus tard qu’auparavant, indiquant une possible compromission de leurs mécanismes de migration.
En Patagonie, le développement de l’industrie aquacole a également accru la présence humaine dans leurs habitats d’alimentation, rendant leur quête pour des arrêtés de nourrissage plus difficile. « Les espèces peuvent s’adapter aux changements, mais pas à une multitude de défis simultanément, » conclut Senner.
La nécessité d'une protection mondiale
La réunion de la CMS, qui se tiendra à Campo Grande, au Brésil, a pour objectif d'attaquer de tels problèmes. Les pays signataires ont l’impératif légal de protéger les espèces menacées, de restaurer leurs habitats, et de permettre leur migration sans entrave. Selon un rapport récent, 49 % des espèces concernées sont en déclin.
Amy Fraenkel, secrétaire exécutive de la CMS, souligne que la plupart des espèces en détresse sont des oiseaux, mais aussi que « la situation est particulièrement grave pour les poissons migrateurs, car 97 % des espèces sous protection sont menacées ». Toutes ces espèces, qu’elles soient aviaires ou aquatiques, jouent un rôle vital dans l’écosystème terrestre et marin, contribuant aux services environnementaux clés.







