Vêtu de ses lunettes bleues, Patrick Balkany a semblé éprouvé, vendredi dernier, au tribunal de Nanterre. Le parquet a exigé un an de prison ferme dans l'affaire relative à ses chauffeurs, une peine que son avocat qualifie de "totalement déconnectée de la réalité".
Le ministère public a formulé une demande équivalente à deux ans d'emprisonnement, dont un an ferme, assorti d'un sursis probatoire de trois ans, ainsi que 150 000 euros d'amende et dix ans d'inéligibilité. L'ancien maire, âgé de 77 ans, est jugé pour détournement de fonds publics.
Le procureur a vivement critiqué un édile qui se comporte comme un "démiurge omnipotent", utilisant trois policiers municipaux comme "larbins" et "hommes à tout faire". "Être maire signifie être élu, pas un élu tout-puissant", a-t-il insisté, en appelant au respect du droit comme une "vertu cardinale".
En faisant référence à David Lisnard, le maire de Cannes, qui a jeté des codes de lois à la broyeuse, le magistrat a exprimé son désarroi face à certains élus qui considèrent la réglementation comme une entrave.
Rejetant l'image d'un "maire paternaliste" qui inviterait son personnel en vacances, le procureur a décrit un élu qui montre une "médiocrité sans nom", soulignant que les frais engagés pourraient s'élever à "au moins 250 000 euros". Il a ajouté que la confiance des contribuables a été trahie.
- "Prix Nobel" de l'enquête -
Appelant à la relaxe, l avocat de la défense, Me Robin Binsard, n'a pas mâché ses mots, qualifiant cette affaire de "purge". Il a déploré l'absence de géolocalisation dans une instruction longue de 16 ans, ironisant sur l'inefficacité des enquêtes : "C'est le Prix Nobel des pieds nickelés de l'enquête!" a-t-il lancé, s'interrogeant sur l'absence de techniques de surveillance habituelles dans d'autres affaires.
L'avocat a plaidé que son client, non initié aux arcanes administratives, faisait confiance à ses collaborateurs pour la légalité des recrutements. Admettant quelques erreurs avec ses petits-enfants, il a soutenu que Patrick Balkany réglait de sa propre poche les vacances de ses employés à Saint-Martin.
Les échanges se sont encore envenimés lorsque la défense a accusé le procureur d'un "acharnement judiciaire", visant à transformer son client en symbole de la condamnation. Me Binsard a même fait une référence cinglante à Antoine Fouquier-Tinville, célèbre pour son rôle d'accusateur durant la Révolution française, en évoquant la facilité avec laquelle on pouvait faire condamner quelqu'un.
- "Mauvaise gueule" -
A l'extérieur de la salle d'audience, l'ire de la défense s'est manifestée. "Les réquisitions sont totalement déconnectées de la réalité de ce dossier", a clamé Me Binsard devant les journalistes. Il a pointé du doigt des accusations qui concernent une poignée de trajets personnels sur des milliers de kilomètres parcourus par les chauffeurs, en exprimant son indignation face à des demandes de prison ferme et d'interdiction professionnelle.
"Il n'y a pas eu un centime d'argent public détourné par mon client; on lui fait payer une vindicte personnelle parce qu'il ne plaît pas à tout le monde", a-t-il martelé. Cette semaine s'est avérée particulièrement dense pour Balkany, qui a déjà vu des réquisitions de 18 mois de prison ferme dans une autre affaire d'emplois présumés fictifs. La cour d'appel de Rouen a également validé sa libération conditionnelle pour de précédentes condamnations.
Le tribunal a annoncé qu'il rendrait sa décision le 28 mai.







