À l'approche du scrutin, Viktor Orbán, en place depuis seize ans, fait face à des défis inédits. Les derniers sondages l’annoncent perdant, révélant ainsi la fragilité de son pouvoir en Hongrie. Sa politique illibérale, qui a inspiré de nombreux mouvements d'extrême droite en Europe centrale, reste au cœur des débats.
La Dépêche du Midi : Comment décririez-vous le régime de Viktor Orbán ?
Jacques Rupnik* : Orbán désigne lui-même son régime comme une "démocratie illibérale", où les élections existent mais où l'État de droit et la séparation des pouvoirs sont largement esquivés. Cela lui permet de faire fi des contre-pouvoirs une fois élu, en plaçant des alliés à des postes clés et en contrôlant les médias, notamment à travers un conseil audiovisuel public. Même si les institutions sont présentes, l'opposition est souvent réduite au silence. Ce modèle de gouvernance s'est renforcé au fil des années.
La montée de l'extrême droite en Hongrie est-elle liée à la popularité d'Orbán ?
Malgré la résurgence du Jobbik, véritable parti d'extrême droite, Orbán a réussi à capter son électorat en cultivant une rhétorique populiste autour de la protection nationale, notamment durant la crise migratoire. Résultat : le Jobbik a pratiquement disparu de la scène politique.
Est-ce que la Hongrie exerce une influence sur ses voisins d'Europe centrale ?
Indiscutablement. Le régime d'Orbán est devenu un modèle pour plusieurs pays de la région. Il a constitué un groupe d'alliés, rassemblant des leaders populistes de Slovaquie, de République tchèque et de Serbie. Bien qu'il ait perdu du soutien auprès de certains partenaires en raison du conflit en Ukraine, il continue d’affirmer des valeurs communes basées sur le rejet du libéralisme.
Orbán s’inscrit-il dans la mouvance du trumpisme ?
Son lien avec Donald Trump est manifeste. Il a salué l'élection de Trump comme une rupture avec le liberalisme et est perçu comme un soutien par ce dernier. Pourtant, cette alliance peut être fragile, alors qu'Orbán tente de se présenter comme un défenseur de la paix en dépit des tensions internationales croissantes.
La popularité d'Orbán peut-elle être expliquée par le passé soviétique de la Hongrie ?
Ce n'est pas tant son passé communiste qui détermine sa popularité, mais plutôt les lacunes historiques dans la tradition démocratique en Europe centrale depuis l'entre-deux-guerres.
Comment l'extrême droite influence-t-elle les débats européens ?
Orbán joue un rôle clé dans la consolidation des courants nationalistes en Europe, affirmant que l'avenir de la droite dépend de leaders comme Giorgia Meloni et Marine Le Pen. Même dans une hypothétique défaite aux élections, cette mouvance risque de perdurer, montrant une tendance inquiétante à l'échelle européenne.
Que signifierait une éventuelle défaite d'Orbán pour Bruxelles et ses supporters ?
Une perte pourrait signifier un potentiel changement à Bruxelles, montrant qu’un rétablissement démocratique est possible en Hongrie, contrairement aux réalités russes. Toutefois, la reconstruction d'un système démocratique après ces années de domination sera un défi colossal.







