L'Assemblée nationale abroge le Code noir : un geste fort pour la mémoire collective

Un vote majeur à l'Assemblée pour tourner la page sur une histoire douloureuse.
L'Assemblée nationale abroge le Code noir : un geste fort pour la mémoire collective
©JOEL SAGET, AFP - Une statue de Jean-Baptiste Colbert, artisan principal du Code noir de 1685, sur le parvis du Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale, le 10 juillet 2024 à Paris

Un vote d'une portée symbolique pourrait-il ouvrir les portes d'une réflexion plus large sur les réparations ? L'Assemblée nationale a approuvé à l'unanimité ce jeudi l'abrogation du Code noir et de tous les textes régissant l'esclavage dans les anciennes colonies françaises, faisant fi de leur statut non abrogé depuis 1848.

Les 254 députés présents ont tous montré leur accord, soutenant la proposition de loi portée par le groupe centriste Liot (Liberté, indépendants, outre-mer, territoires), lors d'une journée consacrée à cette question. Ce texte vise à éradiquer des édits qui remontent aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Ces textes déshumanisaient les personnes réduites en esclavage, les désignant comme des "êtres meubles", similaires à des biens matériels, tout en imposant des sanctions brutales pour ceux qui tentaient de fuir : mutilations, marquage au fer et même peine de mort.

- "Blessures de l'histoire" -

Max Mathiasin, rapporteur et député guadeloupéen, a évoqué la nécessité de "poser un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance", tout en précisant qu'une seule mesure ne saurait suffire à guérir les blessures de l'histoire. Ému, il a salué ce vote comme un hommage à ceux qui ont été soumis à l'esclavage.

La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a souligné que même si le Code noir n'avait plus d'effet légal, son impact socioculturel perdurait. Elle a insisté sur l'importance d'éliminer de notre législation tout texte indigne.

Les débats ont majoritairement tourné autour de l’héritage de l'esclavage en France et des répercussions qui subsistent aujourd’hui, telles que les inégalités persistantes entre les territoires d’outre-mer et l’Hexagone, ainsi que les discriminations subies par la population noire.

Emeline K/Bidi, députée communiste réunionnaise, a interrogé les implications de cette abrogation en 2026, notant que les Outre-mer continuent d'être perçues comme des périphéries. De son côté, l'écologiste Steevy Gustave a, de manière profonde, évoqué les souvenirs de son arrière-grand-mère, esclave en Afrique, qui a marqué l'hémicycle par son témoignage personnel.

La question des réparations a également été soulevée. Plusieurs députés ont rappelé que les anciens propriétaires d'esclaves avaient été indemnisés, contrairement aux personnes réduites en servitude. Emmanuel Macron a exprimé son soutien à l'abrogation, la qualifiant de nécessité pour la République, tout en appelant à ne pas éluder la question des réparations, qui reste à éclaircir.

Jean-Philippe Nilor (LFI), député de Martinique, a exhorté le président à changer la position historique du gouvernement sur la question des réparations, appelant à un débat plus large incluant d'autres formes de restitution, pas uniquement financières. Le texte adopté inclut aussi un amendement établissant la reconnaissance des textes ayant institutionnalisé l'esclavage comme intrinsèques aux crimes contre l'humanité.

Lire aussi

L’héritage économique de Petro : succès social ou piège de la dette ?
Sous Gustavo Petro, l'économie colombienne a vu des progrès sociaux significatifs, mais la dette publique a explosé. Décryptage de cet héritage en pleine campagne présidentielle.
14h52
Pauillac : vers de nouvelles élections après l'annulation du scrutin municipal
Le tribunal administratif de Bordeaux annule l'élection municipale de Pauillac, relançant les tensions politiques locales. Les enjeux d'une nouvelle élection se dessinent.
14h48
Bangladesh face à une épidémie tragique de rougeole : plus de 500 vies perdues
Plus de 500 enfants sont morts au Bangladesh en raison d'une épidémie de rougeole. Malgré une campagne de vaccination, la situation sanitaire reste critique. Analyse des manquements des autorités face à cette crise.
14h18
L'Assemblée nationale abroge le Code noir : un geste fort pour la mémoire collective
L'Assemblée nationale vote l'abrogation du Code noir, une avancée symbolique vers la réparation historique.
13h18
Nicolas Sarkozy face à son destin : le procès en appel qui fait trembler la France
Découvrez les derniers rebondissements du procès en appel de Nicolas Sarkozy concernant le financement libyen de sa campagne de 2007. Une affaire qui continue de défrayer la chronique.
09h06
Nicolas Sarkozy défend son innocence au procès en appel du financement libyen
Nicolas Sarkozy défend son innocence au procès en appel concernant le financement libyen de sa campagne. Au risque de peine lourde, il insiste sur son intégrité face à des accusations infondées.
27 mai