Chaque année, le château de Versailles devient le théâtre du sommet Choose France, un événement destiné à promouvoir l'attractivité économique du pays. Bien que le gouvernement affiche des chiffres impressionnants en matière d'investissements, une analyse plus approfondie révèle une réalité moins flatteuse, marquée par un étalement des projets et un déficit d'emplois créés par rapport à ses voisins européens.
Les milliards annoncés soulèvent des questions : quelles sont les véritables conséquences sur le terrain ? Durant la cérémonie d'ouverture de ce sommet, le 1er juin, il est crucial de nuancer l'impact économique. En effet, les annonces spectaculaires masquent souvent l'absence de retombées concrètes.
Des milliards virtuels ou étalés sur le long terme
L'événement se présente comme un puissant relais de communication. L'édition 2025 avait promis un record de plus de 40 milliards d'euros, mais cette somme n'est pas immédiatement injectée dans l'économie. Ces engagements concernent des investissements échelonnés sur cinq à dix ans. Si une multinationale ajuste sa stratégie ou si la conjoncture économique change, ces projets peuvent être soit diminuer soit annulés sans que cela ne fasse de vagues.
De plus, le sommet est souvent le lieu d'annonces retouchées : des initiatives déjà prévues ou des extensions d'usines qui auraient de toute façon vu le jour. Les projets sont annoncés en grande pompe pour attirer l'attention des médias, et les promesses, bien que séduisantes, se retrouvent souvent dans la zone d'ombre des chiffres réels.
Entre 2018 et 2023, environ 87 milliards d'euros ont été promis, mais le suivi projet par projet reste obscur. Aucune autorité indépendante ne contrôle ces promesses, ce qui soulève des inquiétudes quant à la véracité des chiffres avancés.
La France championne des projets, pas des emplois
Il est vrai que le baromètre annuel du cabinet EY positionne la France en tête des pays attractifs d'Europe pour la septième année consécutive en termes de nombre de projets. Cependant, cette distinction cache une réalité moins glorieuse : bien que la France ait enregistré 1 852 projets l'année dernière, ceux-ci sont souvent de petite envergure. En revanche, l'Allemagne ou le Royaume-Uni attirent moins de projets individuels, mais ces projets sont généralement beaucoup plus conséquents.
Le faible nombre d'emplois générés souligne l'impact économique modeste en France. Les statistiques révèlent un écart alarmant : la France a engendré environ 28 000 emplois pour 1 852 projets (environ quinze emplois par projet), tandis que le Royaume-Uni a créé entre 40 000 à 45 000 emplois à partir d’à peine 730 projets (soit 55 à 60 emplois par projet). La France semble attirer surtout des extensions logistiques ou des petites unités, tandis que ses concurrents captent des sièges sociaux ou des centres de production à forte valeur ajoutée.
Des investissements sous perfusion publique
Un autre point à considérer concerne le coût de cette attractivité pour les contribuables. Pour séduire les investisseurs étrangers, comme ceux souhaitant implanter des usines de puces électroniques ou de batteries dans le Nord, l'État déploie des aides financières massives.
Des subventions directes, des baisses d'impôts sur la production et des crédits d'impôt en recherche, via le plan France 2030, sont mis en œuvre. Certains économistes dénoncent le fait que les milliards « attirés » par les entreprises étrangères sont, en réalité, en partie financés par le budget public français. En conséquence, sans ces mesures incitatives, la présence d'investisseurs étrangers en France pourrait véritablement s'effondrer face à la concurrence internationale. Le sommet Choose France apparaît donc comme un événement fortement subventionné.







