Les élus de l'Assemblée de Polynésie française ont voté, ce lundi 6 juillet, une délibération sans précédent, formulant des excuses officielles à la population pour la cession, en 1964, des atolls de Moruroa et de Fangataufa, qui ont servi de plateformes pour les essais nucléaires.
Cette décision intervient près de 60 ans après le premier essai, illustrant une volonté de reconnaître les blessures infligées par ces choix. Les représentants de l'assemblée ont exprimé un "pardon solennel" au peuple polynésien.
En février 1964, l'Assemblée territoriale avait acté cette cession au profit de la France, permettant ainsi l'établissement du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP). Entre 1966 et 1974, un total de 46 essais atmosphériques s'y déroulèrent.
"Nos pères ont cédé face au chantage de l'État"
Cette cession s'est effectuée, comme l'indique la délibération, sous "la contrainte d'une alternative inacceptable" : celle de créer un "territoire stratégique militaire" en Polynésie, imposé par le général de Gaulle.
"Elle n'était donc pas le fruit d'un consentement libre, éclairé et souverain du peuple polynésien, mais d'une capitulation contrainte de ses représentants devant la puissance coercitive de l'État central."
Le président indépendantiste de l'Assemblée, Antony Géros, a souligné : "Si cette situation se présentait aujourd'hui, que ferions-nous ?". Il a ajouté que les élus de l'époque avaient enduré une pression qui a déterminé cette cession, posant ainsi la question de leur responsabilité.
La représentante Teave Boudouani-Chaumette a également fait valoir que ce pardon était nécessaire pour les milliers de Polynésiens touchés par des maladies dûes aux essais nucléaires, qualifiant le texte d'un "acte de salubrité morale".
44 voix pour, un groupe indépendantiste dissident
La délibération a été approuvée par 44 voix, bien que des membres du groupe indépendantiste A Fano Ti'a aient voté contre, insistant sur la nécessité de reconnaître pleinement la responsabilité de l'État français dans ce programme nucléaire.
Tematai Le Gayic, président du groupe, a exprimé sa frustration face à la non-acceptation d'un amendement qui aurait inclus une demande de "réparation intégrale" pour le peuple polynésien, affirmant que l'État doit en être le seul responsable.
En évoquant la possibilité de porter plainte pour "crime contre l'humanité" à l'encontre de l'État français, Antony Géros a signalé qu'une résolution sur ce sujet serait examinée lors d'une prochaine séance, tout en restant sceptique quant à la possibilité d'une vraie réparation de la part de l'État.







