Le 15 juillet 2016, le président turc Recep Tayyip Erdogan faisait face à une tentative de coup d'État, qui, loin de le déstabiliser, lui a permis de renforcer son emprise sur le pays. En ce dixième anniversaire, les médias proches du gouvernement ne tarissent pas d'éloges sur ses réalisations, tant nationales qu'internationales.
“Nous avons vaincu les putschistes et brisé nos chaînes !” proclame le quotidien islamo-nationaliste Yeni Safak dans son édition spéciale. Bien que des zones d’ombre subsistent autour de cette tentative de coup d'État échouée, l'implication de Fethullah Gülen, ancien allié devenu adversaire acharné d'Erdogan, est incontestablement reconnue. Gülen, mort en exil en 2024, reste une figure controversée.
Le journal rend hommage aux “253 martyrs” tombés lors de ces événements, suite à l’appel d’Erdogan exhortant la population à descendre dans les rues pour défendre la démocratie. Dans une tribune parue dans les pages de Yeni Safak, le président souligne que l’échec du coup d'État a été un tournant décisif pour la Turquie : “Nous avons désormais une nation plus forte, unie et déterminée.” Erdogan s’enorgueillit d’une décennie de succès sur des fronts tels que la Syrie, la Libye et le Haut-Karabakh.
Un éditorialiste du même quotidien renchérit : “Leurs objectifs étaient clairs, soutenus par des puissances occidentales : renverser le président et affaiblir notre nation. Cependant, ils ont échoué et aujourd’hui, la Turquie est une puissance mondiale.” Toutefois, la répression se poursuit, avec de nouvelles arrestations récentes faisant état de 704 personnes détenues, notamment dans les forces de police, un secteur où les partisans de Gülen étaient particulièrement influents.
Les purges n'ont pas épargné l’administration et les médias, et des millions de citoyens ont été touchés. À ce jour, environ 160 000 fonctionnaires ont été licenciés, tandis que plus de 700 000 sont actuellement confrontés à des poursuites judiciaires.
Alors que les commémorations rendent hommage à l'ascension d'Erdogan, il est crucial de se rappeler des implications profondes de cette période sombre, marquée par de profondes transformations politiques et sociales. La voix des opposants, y compris celle des minorités comme les Kurdes, reste de plus en plus muselée, ouvrant la voie à des réflexions sur l'avenir politique du pays.







