Dans un entretien accordé au Monde, Emmanuel Macron propose une réponse audacieuse à la montée des tensions géopolitiques. Il suggère la création d'une dette européenne pour financer des secteurs cruciaux tels que la défense et la transition écologique, dénonçant l'isolement des Européens face aux puissances chinoise et américaine. Son objectif ? Élever l'Europe au rang de « puissance » mondiale tout en négligeant les enjeux sociaux qui en découlent.
Alors que son second mandat se déroule dans un contexte de forte compétition internationale, Macron se voit contraint de marquer son empreinte sur le vieux continent. Il souligne : « On est tout seuls. Mais on est nous. » Cette déclaration ne fait qu'illustrer son sentiment d'urgence face à des rivaux déterminés.
Lors de cet entretien, il insiste sur trois grands axes de travail indispensables : « la sécurité et la défense », « les technologies de la transition écologique » et « l'intelligence artificielle et le quantique ». Selon ses propres mots, après avoir été « réunis pour faire la guerre » et pour « faire un marché », il est temps de « penser ensemble la puissance ».
Pour atteindre cet objectif, Macron reprend des idées déjà émises par Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne. Il propose d'établir un nouveau cadre juridique à l'échelle européenne pour les entreprises innovantes, ce qui soulève des interrogations sur l'éloignement des préoccupations sociales et environnementales.
Cette approche vise à renforcer le marché unique de l'Union européenne, qui représente désormais 450 millions de consommateurs. Elle augure également d'une avancée vers une fédéralisation accrue, avec plus de prérogatives pour les institutions européennes et un affaiblissement du pouvoir des États.
Lever 1 200 milliards pour l'avenir
Pour faire face aux défis économiques, Macron appelle à une augmentation significative des investissements, chiffrant le besoin à 1 200 milliards d'euros par an pour financer des batailles cruciales dans les domaines vert, numérique et de la sécurité. Il plaide pour « lancer une capacité commune d'endettement pour ces dépenses d'avenir », s'inspirant des eurobonds mis en place durant la pandémie.
Cette suggestion va à l'encontre des règles budgétaires européennes, qui restreignent le déficit à 3 % du PIB, et soulève la question de l'impact d'une telle stratégie. Macron évoque cet endettement collectif comme un moyen de lutter contre « l'hégémonie du dollar ».
Charlotte Balavoine, responsable des questions européennes au Parti communiste français, analyse cette proposition en soulignant qu'elle s'inscrit dans une logique de réponse à la guerre commerciale menée par les États-Unis. Selon elle, cette volonté d'unir les forces européennes pour la défense et le commerce cache un retour aux principes gaullistes, face à un sentiment anti-américain ambivalent en France.
Elle déplore toutefois que Macron reste enfermé dans le cadre du libre-échange, négligeant les attentes des populations. « Dans cet entretien, il ne parle jamais du développement au profit des citoyens », souligne-t-elle. La question sociale est mise de côté au profit d'une ambition de puissance.
En concluant son discours, Macron affirme que la France « n’a jamais connu l’austérité » et que les réformes en cours dans d'autres pays européens portent leurs fruits. Pourtant, l'idée d'une « Europe puissance » risque de sonner creux si elle ne s'accompagne pas d'une véritable attention aux besoins sociaux de sa population.







