Le Parti progressiste martiniquais (PPM), fondé par Aimé Césaire et au pouvoir à Fort-de-France depuis 1958, fait face à une situation sans précédent avec des élections municipales qui pourraient le voir perdre la capitale martiniquaise. Fragilisé par des affaires judiciaires et une opposition en pleine expansion, le PPM doit se préparer à un combat acharné.
Francis Carole, indépendantiste et figure montante de l'opposition, souligne que "les gens ont un besoin de changement". En tête de liste de "Démaré Fodfwans", il promet une relance économique et une libération de la ville. Cette coalition, réunissant plusieurs mouvements politiques, a été formée pour frapper un coup décisif dès le premier tour.
L'alliance qui regroupe notamment le Parti communiste martiniquais et la députée Béatrice Bellay du PS a pris tout le monde de court. Lors des législatives de 2024, Bellay a fait chuter le candidat du PPM, un événement sans précédent dans l'histoire du parti.
"Ce n'est pas une alliance contre-nature", défend Francis Carole, en soulignant l'engagement commun sur des sujets cruciaux tels que la spoliation des terres et la substance du chlordécone. La Martinique, avec ses questions d'identité et de justice sociale, interpelle plus que jamais des voix différentes.
Le défi de déloger le PPM de l'hôtel de ville reste cependant colossal. Dirigé depuis sa fondation par Aimé Césaire, le PPM bénéficie d'un socle électoral encore solide, malgré l'opposition grandissante. Justin Daniel, professeur à l'université des Antilles, tempère cette observation en soulignant que, même avec une abstention élevée, le parti pourrait conserver des bases fidèles.
Le contexte apparaît délicat pour le maire actuel, Didier Laguerre, qui fait face à des accusations de détournement de fonds publics, bien qu'il ait été relaxé dans un premier temps. Néanmoins, le Parquet national financier a interjeté appel de cette décision. Sa gestion des finances, qui a conduit à un excédent budgétaire, constitue son atout principal dans cette élection.
Élu dès le premier tour en 2020 avec 67% des voix, Laguerre se base sur cet acquis, mais ses détracteurs évoquent les problèmes d’insécurité et de dégradation des services publics. "La préoccupation des Martiniquais demeure le délabrement des services", insiste Justin Daniel.
Une voix nouvelle a émergé suite à la contestation sociale face à la vie chère. Steeve Moreau, ancien adjoint à la sécurité, désire un changement radical et conduira le Parti pour le peuple (PLP). Remettant en question le PPM, il affirme que "la précarité reste endémique à Fort-de-France", appelant à l'émergence d'une démocratie plus participative.
Les députés indépendantistes Jean-Philippe Nilor et Marcellin Nadeau, aux côtés de Gabriel Jean-Marie du parti trotskiste, renforcent cette opposition disparates. L'énorme défi reste le taux d'abstention : en 2020, mairies 75% des seulement 75.000 inscrits ne s’étaient pas déplacés. Alors que l'opposition risque de se diviser, "le tout sauf le PPM" pourrait se retourner contre ses partisans, avertit Justin Daniel.







