ENTRETIEN. Le 20 avril, Anchya Bamana, députée de la deuxième circonscription de Mayotte (RN), a adressé une lettre au ministre des Affaires étrangères et de l’Europe, Jean-Noël Barrot, pour exiger la fermeture du camp de migrants de Tsoundzou. Elle critique le silence de l'État face à une insécurité grandissante qui affecte durement la population mahoraise.
Valeurs actuelles. Quelle est la situation migratoire à Mayotte et plus particulièrement à Tsoundzou ?
Anchya Bamana. Depuis cinq ans, une nouvelle filière migratoire, provenant des pays des Grands Lacs, s’est ajoutée à la filière comorienne traditionnelle, inondant ainsi l’île de migrants.
François-Xavier Bieuville, le préfet récemment remplacé, est arrivé à Mayotte en février 2024 dans un climat très tendu, marqué par l'installation de migrants sur un terrain de football. Sa mission initiale consistait à démanteler ce camp, traiter les demandes d’asile et activer les leviers diplomatiques pour le retour des personnes déboutées. Cependant, le problème majeur demeure le manque criant de ressources à Mayotte, particulièrement en matière de logement. Même pour les réfugiés acceptés, les infrastructures manquent cruellement.
Deux ans après, il est évident que la situation ne s'est pas améliorée, bien au contraire. Bien que le camp du stade ait été démantelé, un nouveau s’est établi dans une mangrove, où les migrants vivent dans des conditions alarmantes, avec des conséquences dramatiques pour leur santé et celle de l'environnement. Les alertes sur cette crise ont été nombreuses, notamment via des tweets de @mayottela1ere.
En février, j’ai tiré la sonnette d’alarme auprès du ministère, demandant une mobilisation diplomatique pour renvoyer les migrants n'ayant pas réussi à obtenir l'asile. Pourtant, aucune réaction de Jean-Noël Barrot. Pendant ce temps, la crise s'intensifie : des embarcations clandestines continuent d'affluer.
Vous avez sollicité le gouvernement sans réponse. Que demandez-vous exactement ?
J’ai relancé le gouvernement le 20 avril, qui semble totalement dépassé. Ma question est simple : que fait l’État pour maîtriser cette vague migratoire à Mayotte ? Aujourd’hui, la politique consiste à mobiliser quelques intercepteurs, mais cela s'apparente à une gestion de surface.
Nous devons être proactifs. Je refuse de croire que la France ne puisse pas déployer un navire entre Mayotte et Anjouan, à seulement 70 kilomètres, pour stopper ces kwassa-kwassa — ces embarcations de migrants — avant qu’elles n’atteignent nos eaux. Elles doivent être interceptées en haute mer.
Vous évoquez dans votre lettre « un rideau de fer »…
Après le cyclone Chido, Emmanuel Macron avait promis un « rideau de fer ». Mais aujourd’hui, nous faisons plutôt face à un rideau de fumée. L'insécurité gangrène la société civile à Mayotte. À moins d'une réelle mobilisation des moyens de la Marine nationale en haute mer, la situation ne s’améliorera pas.
Comment les Mahorais vivent-ils cela ?
C’est une catastrophe. Après le cyclone, la population peine à retrouver un toit, tandis que l’aide de l’État n’arrive toujours pas. En 2025, bien des promesses se sont avérées vides de sens. Trois lois spécifiques à Mayotte ont été promulguées, mais très peu de changements concrets en résultent.
Les écoles, par exemple, n'ont pas été reconstruites, et face à l’augmentation migratoire et à l’insécurité qui l'accompagne, la situation est alarmante. Les Mahorais n'ont pas seulement l'impression d'être abandonnés, ils le sont bel et bien par l’État et le gouvernement depuis 2012, avec des conséquences dévastatrices sur leur quotidien.
Dans votre lettre, vous parlez d’une volonté d’« officialiser l’illégalité ». Que voulez-vous dire ?
Près de 1 000 personnes vivent dans la mangrove, tandis que le préfet indique vouloir « stabiliser ce camp » et « réfléchir à des solutions d’accueil dignes », ce qui revient à normaliser cette situation illégale. Aucune mesure n’est prise pour renvoyer ceux qui ne bénéficient pas de l’asile, ce qui transforme cette promesse en une simple illusion.
La solidarité nationale est nécessaire. Je ne lâcherai rien.







