La situation de l'éducation à Mayotte se révèle critique. Plus de 15 000 enfants sont actuellement exclus du système scolaire en raison de divers facteurs organisationnels et budgétaires. À compter du 21 avril 2026, les syndicats enseignants se sont mobilisés, dénonçant la suppression de 90 postes d'enseignants et le manque de moyens nécessaires à un enseignement de qualité.
Benoît Hamon, président de l'organisation ESS France, a qualifié l'État de « démissionnaire » concernant ses obligations fondamentales, en particulier l'éducation, pourtant gratuite pour les 3 à 16 ans. Selon lui, même si l'école est censée être un droit, de nombreux enfants mahorais restent sur le pas de la porte.
En effet, un rapport de l'Observatoire de la non-scolarisation à Mayotte révèle qu'environ 60 % de la population de l'île a moins de 25 ans, et un enfant sur huit n'est pas inscrit à l'école. La situation se voit amplifiée par la forte pauvreté régnant sur l'île, où 80 % des enfants vivent dans des conditions précaires.
Une crise persistante
Les freins administratifs jouent un rôle aggravant. Human Rights Watch a mis en lumière des exigences d'inscription qui excèdent les normes du code de l'éducation, telles que des documents récents et des justificatifs financiers. Ces exigences compliquent encore davantage l'accès à l'éducation pour les familles à bas revenus.
À cela s'ajoute la complexité pour les familles migrantes, qui représentent près de la moitié de la population. La peur de contrôles d'identité à proximité des établissements scolaires dissuade de nombreux parents d'accompagner leurs enfants à l'école. Des lois immigatoires, déjà strictes, ont été durcies ces dernières années, compliquant l'accès à l'éducation pour les enfants étrangers.
Les conséquences du cyclone Chido
Le cyclone Chido, qui a frappé l'île en décembre 2024, a encore aggravé une situation déjà précaire. Unicéf a estimé que 40 % des établissements scolaires ont été endommagés, poussant des milliers d'élèves à étudier dans des environnements précaires, comme des préfabriqués ou sous des tentes. La rentrée de 2025 a été marquée par des conditions d'apprentissage dégradées.
Sur le long terme, cette crise n'est pas seulement liée aux effets du cyclone. Le système de « rotation » instauré par manque de places scolaires a vu près de 15 000 enfants privés de cours complets. En réponse à la saturation des écoles maternelles, le rectorat a mis en place des classes itinérantes, offrant une prise en charge limitée.
Projet de loi et retards de reconstruction
Une loi adoptée en été 2025 vise à réformer l'éducation à Mayotte d'ici 2031, avec un fonds de 100 millions d'euros pour reconstruire les infrastructures scolaires. Cependant, des retards dans les versements ont suscité des critiques de la part des communes, entraînant des rotations scolaires encore plus fréquentes.
Enfin, la réalité quotidienne des élèves est marquée par l'absence de cantines dans la plupart des établissements, forçant les enfants issus de milieux précaires à se contenter de collations limitées, lorsqu'ils ne sont pas affamés. La situation éducative à Mayotte soulève des questions pressantes sur l'engagement de l'État envers les droits fondamentaux des enfants, et nécessite une attention urgente.







