Deux ans après les émeutes tragiques qui ont frappé la Nouvelle-Calédonie, une décision inattendue des juges d’instruction parisiens a été rendue en faveur du leader indépendantiste Christian Tein et des militants kanak de la Cellule de Coordination des Actions de Terrain (CCAT). Un non-lieu général a été prononcé, mais le parquet a immédiatement réagi en faisant appel.
Les événements de 2024, marqués par des violences et des tensions sur le territoire, ont laissé des cicatrices profondes, causant 14 morts et des dommages s'élevant à plus de deux milliards d’euros, comme le rapporte Le Monde. Malgré cela, les juges ont conclu qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves pour soutenir les accusations d'insurrection portées contre Tein et les autres militants. Ils ont affirmé que les revendications visant l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie n'étaient pas dirigées contre les institutions de la République.
Christian Tein, âgé de 58 ans, était déjà le président du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS) lorsque l'enquête a été ouverte. Avec d'autres membres de la CCAT, il avait été placé sous le coup d'une enquête pour des actes violents présumés. Cependant, les juges ont précisé que leurs revendications ne menaçaient pas directement l'État français.
Les avocats de Tein ont salué cette décision comme la preuve d’une justice qui a su faire triompher la vérité, déclarant à l'AFP que leur client avait enduré près d'un an de détention dans des conditions difficiles, décrivant la situation comme une tentative de museler une voix politique essentielle. "Il s'agit d'une belle démonstration de l'État de droit", a souligné Me François Saint-Pierre, représentant l'une des autres mises en examen.
Cependant, le parquet de Paris, après avoir examiné près de 11 500 pièces du dossier, a décidé de faire appel, arguant qu'il était crucial de mener des investigations supplémentaires. Cette décision est d’autant plus significative vu le contexte tendu dans lequel ces événements se sont déroulés, notamment la décision du président Emmanuel Macron de déclarer l'état d'urgence.
Dans le contexte politique local, la réponse des responsables néo-calédoniens a été variée. Le FLNKS s’est montré satisfait du non-lieu, tandis que Sonia Backes, présidente de la province Sud, a dénoncé un "système judiciaire devenu fou", et le député Nicolas Metzdorf a appelé à ce que justice soit enfin rendue. Ainsi, cette affaire continue de mettre en lumière les fractures profondes au sein de la société néo-calédonienne.







