Sous pression de l’opposition, Gérald Darmanin a appelé lundi à une "mobilisation générale" des magistrats pour "faire la lumière" sur les défaillances observées dans l'affaire de la fillette Lyhanna, entraînant des appels à des manifestations devant les tribunaux.
Lors d'une conférence de presse, le ministre de la Justice a affirmé : "Il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, mais une priorisation des viols sur les mineurs." Il a demandé aux procureurs de reprendre toutes les plaintes concernées, soit environ 70.000 au total.
Dans le cadre de cette démarche, Darmanin a lancé un état des lieux des plaintes, tribunal par tribunal, et a prévu de rencontrer les procureurs généraux pour faire le point sur la situation.
Cette initiative a lieu juste après une marche blanche à Fleurance (Gers) en hommage à la collégienne, marquée par la colère face à une "défaillance sociétale", alors que des associations féministes appellent à un rassemblement lundi soir devant les tribunaux.
David Sénat, magistrat à Versailles, a confirmé que des procurations étaient déjà en cours avant l’intervention de Darmanin. "Cela deviendra une priorité pendant un certain temps, au détriment d'autres enquêtes", a-t-il expliqué sur France 2.
La découverte du corps de Lyhanna, ainsi que des révélations concernant des plaintes de viol impliquant le suspect, ont intensifié la pression sur le garde des Sceaux. Ce dernier a exprimé sa "terreur" suite à cette affaire, dénonçant les "dysfonctionnements inacceptables" des services de l'État.
Darmanin a promis des sanctions après des "défaillances extrêmes", mais a évité une démission malgré les demandes de la France Insoumise, insistant sur le fait que ces défaillances n'étaient pas dues à ses instructions.
Une inspection mêlant la justice, la gendarmerie et l'Éducation nationale doit rendre ses conclusions dans les 15 jours.
La plainte qui a suscité cette controverse a été déposée en août 2025 par la mère de Lyhanna, dénonçant des abus sexuels entre 2024 et 2025. Les retards dans le traitement de cette plainte ont été critiqués par Darmanin, qui a déclaré : "Neuf mois pour ne pas placer quelqu’un en garde à vue témoigne d’un dysfonctionnement de notre service public de justice."
Les remarques de Darmanin ont provoqué des réactions vives parmi les magistrats. La Conférence nationale des procureurs a exprimé son refus que des responsabilités soient établies avant les conclusions de l'inspection. Ludovic Friat, président de l'Union syndicale des magistrats, a qualifié ces actions "d'inadmissibles" et a demandé des moyens adéquats pour traiter efficacement la criminalité envers les enfants.
Bien que le budget de la justice ait connu une hausse ces dernières années, Frédéric Chevallier de la CNPR a noté qu'il ne compense pas un retard structurel : la France dispose de seulement trois procureurs pour 100.000 habitants, comparé à une moyenne de 12,2 en Europe. Édouard Durand, magistrat et ancien président de la Ciivise (Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles), a souligné que "l'affaire Lyhanna met en lumière le déni persistants au sein de la société" face aux voix des victimes.







