Le botaniste Francis Hallé, dont le décès a été annoncé récemment, laisse derrière lui un plaidoyer indéfectible pour la préservation des forêts tropicales primaires, menacées par l'intervention humaine. Professeur émérite à l'université de Montpellier, Hallé se comparait à un médecin face à un patient en phase terminale, promettant de ne jamais abandonner tant qu'il restait un espoir.
Né à Seine-Port en région parisienne au sein d'une grande fratrie, il a grandi dans un environnement où l'amour des plantes lui a été transmis, notamment par sa mère. Cependant, sa vocation ne s'est révélée que plus tard, à l'âge de 20 ans, lorsqu'il a été fasciné par une plante sur son balcon à La Sorbonne. Sa rencontre avec la forêt primaire du Banco en Côte d'Ivoire, au cours de son séjour de 1960 à 1968, a été décisive. Une discussion avec un chef baoulé a éveillé son intérêt pour "l'architecture des arbres", lui permettant de déduire l'identité des géants forestiers sans avoir à observer leurs fleurs.
À cette époque, ces forêts semblaient immuables, mais la prise de conscience de leur vulnérabilité est venue dans les années 1980, face à la menace de la déforestation. "Jamais je n'aurais imaginé que ces forêts disparaîtraient sous mes yeux", confiait-il, alerté par le bruit des tronçonneuses. En 1986, il a lancé le projet audacieux du "Radeau des cimes" en Guyane, qui a permis aux botanistes d'étudier la biodiversité à travers la canopée, où elle se révèle la plus riche.
Francis Hallé pourrait se targuer d'un succès de sensibilisation publique à travers ses conférences, mais il critiquait régulièrement l'indifférence des décideurs politiques. Pour lui, la déforestation représentait une "addiction au profit" de multinationale et d'un système politique qu'il qualifiait de "colonial". "Les forêts tropicales ne sont pas de simples réservoirs de matières premières", avertissait-il, mettant en lumière le rôle destructeur de ce qu'il décrivait comme "la Françafrique".
Son attachement aux arbres, qu'il considérait bien plus anciens que l'humanité, le poussait à des réflexions profondes sur notre rapport à la nature. Dans une interview avec Le Monde en 2019, il affirmait : "Rien n'est plus beau qu'une forêt primaire". Il avait également pour ambition de restaurer une grande forêt primaire en Europe de l'Ouest.
Malgré sa conscience d'être sur un chemin difficile, Hallé a poursuivi sa mission avec détermination. Son association, créée en 2019, continuera de porter son héritage. Grand amateur de poésie, il a su s'éloigner du jargon scientifique pour communiquer efficacement, ayant également contribué au film "Il était une forêt" de Luc Jacquet en 2013. Marié et père de quatre enfants, il a publié de nombreux ouvrages, dont "Atlas de botanique poétique" en 2016 et "La Beauté du vivant" prévu pour 2024.
Francis Hallé nous rappelle à travers son travail et sa passion que la sauvegarde des forêts et de la biodiversité est une responsabilité collective. Son décès à Montpellier, entouré de sa famille, marque une grande perte pour tous ceux qui se battent pour un avenir plus durable.







